SCENE NEUVIÈME
LxVÏS, à Bomilcar.
Après?
BOMILCAR, dictant.
« Paiement desquels cent talents, je lui cède... »
CIIALCIDIAS, à Lais..
Tu ne m'écoutes pas?
BOMILCAR, dictant.
i< Tout ce que je possède ; Argent, meubles, bijoux... »
Mais quel est ton espoir ?
D'un cœur comme le mien qu'oses-lu concevoir? Je ne peux pas t'aimer, quand j'en aurais envie ! Vois : tout raconte ici ta misérable vie ! Tout parle, tout t'accuse; et ces riches lambris Sont moins tendus de pourpre encor que de mépris! D'où vient ce bracelet? d'un prêtre, ou d'un archonte?
Lais ôte son bracelet.
Ce bandeau, ce collier? Ah ! tout vient de la honte ! Et c'est à tes amants exécrés qu'en effet. Je devrais mon salut, en soutirant ton bienfait. Plutôt mourir cent fois !
LAIS, à Borailcar.
Et maintenant je signe?
BOMILCAR
La date et votre nom sous la dernière ligue.
CHALCIDIAS.
Non ! — S'il faut déchirer ton coiur, je le ferai,
i4S LE JOUEUR DE FL UTE.
Et ce que ma pitié taisait, je le dirai : J'en aime une autre,
LAÏS
Une autre ? ô ciel !
BOMI LCAR.
Eh ! non, Madame ; Voyez-vous pas (ju'il ment encor par grandeur d'àme?
Son nom est Timandra; nos pères sont amis;
Nous étions dès longtemps Tun à l'autre promis.
C'est une courageuse et belle paysanne.
Douce comme Cérès, chaste comme Diane,
Grande, et c'était charmant quand son bras ferme et rond
Soutenait sans effort la gerbe sur son iront.
LAÏS
Assez!
CHALCIDIAS.
Quand je partis : « Souviens-toi, me dit-elle, Qu'il te reste en ce coin du monde un cœur fidèle. Dans les désirs d'un jour qui pourront t'assaillir, Conserve mon image en toi sans l'avilir. Des ardeurs de ton sang je ne suis pas jalouse; Tu me rapporteras ton cœur : je suis l'épouse. »
Lais s'cvanouit.
Laïs!... ô ciel !
BOMI LCAR.
Laïs !
LAIS, se ranimant, à Ghalcidias.
Vous êtes bien cruel !...