‹ Théâtre completChapitre 60 sur 287 · SCÈNE III ROSE, OCTAVE · texte numérisé non relu

SCÈNE III ROSE, OCTAVE

ROSE

Peut-on savoir. Monsieur qui me faites la cour, Quel si grave intérêt vous survient en un jour?

OCTAVE, à pai-t.

Déployons un aplomb au-dessus de mon âge.

Haut.

Je viens pour demander Juliette en mariage.

ROSE

Cette plaisanterie est d'assez mauvais goût.

OCTAVE

Je ne plaisante pas, Madame, pas du tout : Vos rigueurs à la fin ont lassé ma constance ; Vous ne m'avez pas même accordé d'espérance ! Tout ce que j'ai gagné par l'ardeur de mes feux, C'est la permission d'être très malheureux. De vous glisser parfois des lettres... sans réponse, Et de mourir un jour de chagrin !... J'y renonce.

Vous ne mourrez pas?

OCTAVE

Non.

ROSE

Quel désappointement ?

Je comptais là-dessus pour clore mon roman.

OCTAVE

Raillez !

ROSE

Mon soupirant à mes yeux se marie Et ne soupire plus : ce n'est pas raillerie !

OCTAVE

La perte ne vaut pas...

ROSE

Si fait! ma vanité Soulïre fort à vous voir tourner d'autre côté. Le dépit que j'en ai fait taire mon scrupule, Et, pour vous ramener à moi, je capitule; Car je n'aperçois rien des pièges qu'on me tend, Et tout ce qu'on me dit me semble argent comptant,

OCTAVE

Quoi! vous imaginez que c'était un manège?...

ROSE

Vous n'imaginiez pas que je verrais le piège?

OCTAVE, h part.

Diable !

Haut.

Je ne prends pas de ([('louis superflus El ne fais pas sciiihlanl de ne vous aimer plus!

ACTK DKUXlKME. 109

Je VOUS aime toujours avec idolâtrie, Je ne meu cache pas; et, si je me marie, C'est que je désespère eiilin ijue mou amour De votre cœur de roche oijtieiiue du retour.

IIUSE.

Avec vous une alfaire au moins est bientôt laite.

OCTAVE

Oui, j'ai toujours été sujet aux coups de tête; Je n'aime pas traîner les choses en longueur, Et les demi-partis me répugnent au cœur,

ROSE

Bref, vous ne marchandez jamais une folie?

OCTAVE

Jamais, Madame, avant qu'elle soit accomplie.

ROSE

Et vous avez raison, quitte à vous repentir.

OCTAVE

De celle d'aujourd'hui j'espère mieux sortir.

La femme que je prends est de tout point charmante...

Moins que vous... mais peut-être est-elle plus aimante.

Merci du compliment... mais les gens délicats Veulent-ils épouser celle qu'ils n'aiment pas?

OCTAVE

Mais j'aimerai Juliette, avec le temps, j'espère; Elle a reçu du ciel tout ce qu'il faut pour plaire, Si bonne qu'elle peut se passer de beauté, Si belle qu'elle peut se passer de bonté,

ROSE

Vous l'aimez déjà?

OCTAVE

Non, mon cœur vous est fidèJe ; Mais, si quelqu'un vous peut l'aire oublier, c'est ellQ

ROSE

Eh vite ! épousez-la ! Si c'est pour m'oublier. Je serai la première à vous le conseiller. J'aiuîe à voir toutefois que l'amour effroyable, Dont vous comptiez mourir, n'était pas incurable.

OCTAVE

Vous m'avez ordonné cent fois de me guérir ; Fi, si j'y tâche enfin, c'est pour vous obéir. Votre rigueur a lait la moitié de la cure, Juliette aclièvera...

ROSE

Pour cela, j'en suis sûre.

Vous avouerez du moins que cette guérison A toutes mes rigueurs donne cent fois raison Où serais je, bon Dieu ! si d'une âme trop prompte De votre amour en l'air j'avais fait plus de comptet

Où vous seriez? Hélas ! si vous aviez voulu. Vous auriez fait de moi ce qu'il vous aurait plu ; J'eusse été trop heureux de vivre votre esclave.

ROSE

Mais ces esclaves-là coûtent trop cher, Octave.

OCTAVE

Non, non, je ne suis pas de ces ambitieux Qui prétendent au prix excessif de leurs vœux:

Page 1