XXXIII NOTICE SUR GRÉVJN
de lecteurs. Grévin répondit par son Discours sur les vertus et faculiez de V Antimoine..., 1566. Titre ironique : pour lui l'antimoine est un poison, et « le magistrat, lequel a l'entretien de la police en la charge », devrait en prescrire la vente. La Faculté s'émut, délibéra et décréta que l'antimoine était un poison, stihium deletertum esse, et un arrêt du Parlement, rendu cette même année, en interdit l'usage. C'était pour Grévin, un triomphe personnel. « Tout jeune qu'il étoit, dit un historien .de la médecine, on eut égard à ses remontrances; l'antimoine fut banni de la médecine par un décret de la Faculté de Paris que le Parlement confirmai »
Ni le décret, ni l'arrêt de Paris ne faisaient loi pour le médecin rochelais. Il publia une Responce à Grévin et Grévin revint à la charge avec un Second Discours... sur les vertus et facultez de r Antimoine..., 1567.
L'ouvrage est précédé d'une poésie française de Florent Chrestien : Grévin, cette fois, donnait avec sa garde. La Responce était discourtoise ; le Second Discours est violent, amusant d'ailleurs comme échantillon des polémiques passionnées de ce temps. Et nous n'entendrons plus parler de Launay. Mais on parlera encore longtemps de l'antimoine. Il continuera à avoir ses enthousiastes, qui le prônent comme une panacée, et ses détracteurs, qui le dénoncent comme un toxique. Condamné par le Parlement en 1566, il sera réhabilité par le Parlement en 1666. C'est la guerre de Cent ans des médecins. Qui avait tort, qui avait raison ? La Rochefoucauld a dit : « Les querelles ne dureraient pas longtemps si le tort n'était que d'un côté ». Dans la querelle de l'antimoine, les gens compétents déclarent aujourd'hui que des deux côtés on avait tort.
r. Eloy, Dictionnaire historique de la médecine, Mon3> 1778, t. II, p. 385.