SCÈNE I. — L'ADVOCAT, seul
Sera donque la récompense De ma longue persévérance Mise en oubly, et mon service Récompancé d'une injustice?
C'est maintenant que j'aperçoy Combien est petite la foy, Et combien au double est traistresse La faincte voix d'une maistresse :
Le doux apast et l'entretien, La mignardise et beau maintien, Qui me feirent son serviteur.
Déguisèrent l'amour menteur.
Ils le sceurent si bien masquer Qu'or' que ce fust pour me mocquer, Si ne le peu-je apercevoir; Tant bien me sceurent décevoir, Triomphans de ma propre honte.
Captif du Dieu qui me surmonte.
Ha, Madelon, qui l'eust pensé,
LES ESBAHIS
Que nostre amour encommencé,
Voire asseuré par le serment,
S'assujetist au changement?
Ha promesse mal asseurée !
Promesse de peu de durée !
Promesse qui tost se déguise.
Ne voyant la chose promise !
Qu'on vienne maintenant vanter,
Qu'on vienne maintenant chanter
La foy des Dames; et encore
Qu'on les craigne, et qu'on les honore,
Ayant receu pour tel labeur
Enfin le comble de malheur.
Ainsi la saincte passion
Ne descouvre l'intention
Qu'elles cachent sous l'apparence
De leur pi étendue impuissance :
Car, si avez tourné le dos,
Eir useront de mesmes mots
A l'endroit d'un nouveau venu.
Ce pendant Ion est détenu
Par le moyen de la feintise
D'une attrayante mignardise :
Ma Madelon, que j'aimoy mieux Ny que mon cueur, ny que mes yeux, Qui pour son amour acquérir.
M'a faict cent fois le jour mourir, A qui, comme un vray serviteur, J'avoy du tout voué mon cueur, Elle qui le print agréable Et se vantoit d'estre immuable, N'ayant souvenance de moy.
Maintenant a faulsé sa foy, Se sentant bien récompensée De se voir estre fiancée A un vieillard de cinquante ans.