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vu NOTICE SUR GRÉVIN
comme une royauté de droit divin. Quand il venait au collège de Boncourt1, raconte un de ses panégyristes, on "eût cru, à le voir entouré des élèves sous les ombrages du parc, qu'Apollon en personne était descendu du ciel, ayant choisi cette retraite pour sa demeure2. Notre jeune Clermontois le vit dans cette apothéose familière et fut conquis : bientôt il comptera parmi ses disciples préférés.
Vers l'an 1556, il fut reçu maître ès-arts, nous dirions aujourd'hui bachelier ès-lettres. Il s'adonna aussitôt à l'étude de la médecine. Je pense qu'un peu d'émulation provinciale avait inspiré cette décision. Deux enfants de Clermont venaient de s'illustrer dans la carrière médicale : Jean Fernel (1506-1558), médecin de Henri II, et Jacques Charpentier (1524-1574), que nous retrouverons plus tard.
Voilà donc Grévin philiâtre, comme on disait alors, c'est-à-dire étudiant en médecine, mêlé à ce peuple d'écoliers de toutes conditions et de toutes provenances, riches ou pauvres, — surtout pauvres, — paisibles ou turbulents, coquets ou débraillés, laïcs ou déjà revêtus du sombre costume des gens d'église, Français de toutes provinces, quelquefois étrangers, qui chaque jour, dès la première heure, animent de leur rumeur, de leurs cris, chansons ou disputes les rues tortueuses de la montagne Sainte-Geneviève. Avec eux, il descendra vers l'antique maison de la rue de la Bûcherie, où se tenait alors la Faculté, vénérable demeure qui, après bien des vicissitudes, a retrouvé naguère une destination digne d'elle en devenant la Maison des Étudiants. Il y travaillera beaucoup, mais il ne s'y confinera pas. Il est trop de son époque. En ce temps
1. Situé sur l'emplacement actuel de l'École polytechnique, du côté du pavillon de l'Administration.
a. Jacques Velliard, Oraison funèbre de Ronsard : « aut ipsum Apollinem coelo in (errant fuisse delapsum, qui hune Parnassum, haec sua delubra lustraret. »
XOTICE SUR GRÉVIN vin
d'effervescence générale et d'enfantement d'un monde nouveau, la lutte était dans tous les domaines de la pensée. En médecine, on luttait contre ce qui survivait de l'astrologie, de l'alchimie et de l'empirisme des âges précédents. En littérature, on luttait, autour du gentilhomme vendômois, pour l'avènement d'une poésie nationale. En religion, on luttait pour les plus graves questions de dogme et de conscience. Grévin se jettera dans tous ces combats
Peur commencer, il est poète. Tout l'y destinait dès le collège. Il donne d'abord des compositions de circonstance, sortes à' à-propos politiques, inspirés par les événements du jour.
L'Hymne à Monseigneur le Dauphin est, comme dit l'auteur, c l'avorton de son commencement.» Il chante le mariage du futur François II avec Marie-Stuart, célébré le 24 avril 1558. l
L'opuscule suivant, qui contient une épître dédicatoire datée -de janvier 1558, est donc postérieur à YHymne. puisque nous savons que janvier 1558 a. s. est janvier 1559 n. s. Ce sontLss Regretz de Charles d'Aîtstriche empereur, cinuuie<mie de ce nom2, monologue mélancolique de Charles-Quint au monastère de Saint- Just, avec la Description du Beauvoisis, souvenir attendri du poète au
1. Cf. Baïf, Le Mariage de François Roy-dauphin elde Marie Riine d'Ecosse, éd. Marty-I^a veaux, t. II. pp. 323-328; — Jacques de la Tapie d'Aurillac, Chants Royaulx sur les Triumphes du mariage du Roy Dauphin el de la Royne Dauphine, Paris, 1558.
2. Cf. Du Bellay. Les Tragiques Regrets de Charles V, empereur, éd. Garnier, T. II, pp. 146- 151. — Guill. Des Autels, La Paix venue du Ciel . . avec le Tombeau del' empereur Charles V, Anvers, 155g.