SCÈNE III. — MARIE, RICHARD
Marie
Dieu, monsieur le Protenotaire Est négligent en ses amours.
J'ai veu le temps que tous les jour ; Il passoit devant la maison Cinquante fois, mais la saison Comme je croy luy est venue, Qu'il ne va plus parmi la rue :
Pensez qu'il est devenu sage.
Richard [à part.]
Si je joue mon personnage, Je sçauray d'elle tout' l'affaire De ce jeune Protenotaire.
Marie
Nous fuyons tousjours nostre bien, Jamais, jamais à un bon chien Ne tombera quelque bon os :
Après qu'ils ont tourné le dos, Ils font les meilleures risées De celles qu'ils ont abusées.
Les plus rusez y sont donc pris.
Marie
Quant ils ont l'amour entrepris De quelque dame, à Dieu comment S'ils en ont eu contentement.
Richard Autant ailleurs c'est ma devise.
Marie
Voylà mademoiselle22 esprise De l'amour d'un jeune escolier, Qui n'a le soûl pour employer, Et veult estre aimé à crédit.
Richard [à part.} Ne l'avais-je donc pas bien dict?
Marie
Le seigneur Loys ce pendant Est à son amour prétendant, Sans toutesfois avoir cest heur D'appaiser sa trop grande ardeur, Si n'est de quelque vaine course; Lui qui ha plus d'escus en bourse Que l'autre n'ha pas de deniers.
Mais voylà comment les derniers Seront toujours favorisez, Et les plus fermes desprisez.
Richard
J'enten le nœud de la matière, Il se fault garder du derrière;
6j LA TRÉSORIÈRE
Marie {apercevant Richard.]
Voyci Richard le serviteur Du seigneur Loys; j'ay grand peur Qu'il n'ait entendu ce qu'ay dict; Au pis, j'en feray contredict.
Mon Dieu, Richard, venez avant.
Richard Que faites-vous icy devant?
Marie
Rien, sinon que ma damoiselle Veult parler à vous.
Richard
Que veult-elle?
Marie
Quant à moy, je ne le sçay pas, Elle est jà descendue en bas.