‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 50 sur 113 · SCÈNE I. — LE PROTENOTAIRE, BOXIFACE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — LE PROTENOTAIRE, BOXIFACE

Le Protenotaire

Hé, Boniface, mon ami, Je suis desjà mort à demi, lant ce petit Dieu me tormente.

Ha, ma trop cruelle Constante !

La grand' constance de ton sort, Seule me causera la mort.

Boniface

Comment cela, monsieur? Vous ai-je Si long temps servi au collège23

Pour maintenant vous défier De vostre serviteur, premier Qui en a mis les fers au feu?

Le Protenotaire

Hélas, Boniface ! pour Dieu Si jamais la fidélité De ton devoir m'a incité A récompenser ton service, Comme je doy, de mon office, C'est ores qu'il te fault prévoir Au mal instant du désespoir, Et monstrer ton invention.

Boniface

Je sçay bien qu'il n'est question Que d'argent, dont avez défault :

Car le temps est venu qu'il fault Tousjours avoir argent en banque, Qui veult que la dame ne manque.

Le Protenosaire

Il est vrai : car tout mon tonnent Vient de cela, tant seulement, Tu sçais que nous n'avons la croix Encores qu'il y ait trois mois Avant que recevoir argent.

Boniface

Vous estes par trop diligent A faire la magnificence, Depuis qu'avez la jouissance De quarante ou cinquante escuz.

Le Protenotaire

Boniface, je ne suis plus Enfant comme je soulois estre*

Oc LA TRÉSORIERS

Il fault que vous soyez le maistre Doresnavant des passions De voz journelles actions.

Le Protenotaire

Je le seray. Mais penses-tu Combien est grande sa vertu, Et combien sa perfection Peult dompter mon affection?

Boniface

Nous voyons cela tous les jours :

Ce sont voz premières amours.

Le Protenotaire

Ce n'est point cela, Boniface :

Tant seulement sa bonne grâce, Son doux parler et son maintien, Sans rien flater méritent bien L'amour d'un bien plus grand seigneur.

Boniface

Voylà, vous y avez le cueur :

Non pas vrayment que je desprise, Disant cela, vostre entreprise :

Mais il ne fault estre si chaud En ses affaires.

Le Protenotaire

Son cueur hault Mérite un plus parfaict service.

Boniface

Mais si l'argent du bénéfice Ne suffit à telle despense?

JACQUES GRÉVIN ya

Il fault aimer en espérance;

Il nous viendra quelque hazard.

Boniface

Ouy bien, mais possible trop tard; Il fault prévoir à son affaire.

Le Protenotaire

Encore le bien de mon père Ne manquera point.

Boniface

Il ne pense Que nous façions si grand despense.

Le Protenotaire

Ha, je veux estre entretenu Honnestement du revenu Qui m'appartient.

Boniface

C'est la raison :

Car vous estes d'une maison Qui le mérite : mais aussi Il fault avoir des siens souci.

Le Protenotaire

Or, Boniface, il n'est pas heure De faire plus longue demeure, Nons avons mestier d'autre chose.

Boniface Je l'enten.

Dont je me repose Du tout sur toy.

7i LA TRÉSORIERS

BONIFACE

Je feray tant Que nous aurons argent contant.

Le Protenotaire

J'ayme mieux payer l'intérest, Pourvu que le payment soit prest.

Boniface Je vous pry' laissez faire à moy.

Le Protenotaire Aussi je m'en attens à toy.

Boniface

Vous le pouvez, allez m'attendre Dans le palais, j'iray vous prendre Au repasser.

Le Protenotaire

Le Secrétaire M'y doit trouver pour quelque affaire.

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