‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 52 sur 113 · SCÈNE III. — LE TRÉSORIER, SULPICE, CONSTANTE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — LE TRÉSORIER, SULPICE, CONSTANTE

Le Trésorier

Croyez qu'un argent avancé Vaut bien cela.

Sclpice

Si fait vrayment Et je m'esbahy fort comment Vous faictes si honneste tour.

Sire Sulpice, c'est l'amour Que je luy porte.

Sulpice

Il le vault bien.

Et puis de ces gens l'entretien Sert de beaucoup aucune fois.

Il me souvient qu'un jour j'estois En la court pour un mien affaire, Seulement un protenotaire Auquel j'avois faict du service Feit tout mon cas.

JACQUES GRÉVIX 7$

Le Trésorier

Sire Sulpice, Comme vous dictes, le maintien De gens de court, est nostre bien.

Je crains que nos faultes commises A la parfin ne soyent reprises, Comme nous voyons la fortune Estre plus souvent importune A gens qui sont en tel degré, Qui n'ont tousjours le vent à gré :

Il ne faudroit au mal extrême Que ce bon gentilhomme mesme Pour bien conduire mon affaire, S'il m'advenoit quelque misère.

Sulpice

Vous dictes bien, il fault prévoir

Au mal qui nous peult décevoir.

C'est ainsi qu'il fault disposer,

C'est ainsi qu'il fault aviser

A un malheur qui se présente

Pour brouiller tousjours nostre attente,

Tant nature nous est cruelle.

Mais n'est-ce pas Ma damoiselle

Que je voy venir droict à nous?

Constante

Mon dieu, monsieur, dépeschez-vous, Vous sçavez qu'il est desjà tard.

Le Trésorier Je n'attens plus qu'après Richard.

Constante

Hélas mon Dieu ! la seule peur Qu'il ne vous avienne un malheur

Me le faict dire, tous les champs Sont remplis de mauvaises gens :

Sur tout gardez vous bien du soir.

Sulpice

Encor'y faict il bon prévoir, Cela ne vient que de bon cueur.

Le Trésorier

Si vous voyez le serviteur Du seigneur Loys, que Marie L'amène après nous.

Constante

Je vous prie De tost despécher vostre affaire.

Page 1