SCÈNE I. — LOYS seul
Aujourd'huy Ion n'ha plus d'amis Si n'est la bource et les escus; Aujourdhuy Ion ne trouve plus Qui veuille tenir la querelle De quelque honneste damoiselle :
Le gain faict tout, le gain emporte Les rampars d'une ville forte; Le gain fait coqus les maris; Le gain est le dieu de Paris; C'est le dieu des inventions Et la fin des intentions.
8l LA TRÉSORIÈRE
Le gain faict courir les marchans Aux périls et dangers des champs, Aux périls des vens et tempestes Qui plus souvent dessus leurs testes.
Tombans d'épouvantable effort, Leur mettent dans les dens la mort, Voyre au plus beau de leur jeunesse.
Encore qu'il soit tel, si est-ce Que jamais il n'eut la puissance De faire fléchir la constance De ma Cruelle. De son cueur Amour en feut le seul vainqueur :
Tant seulement d'une beauté Son cueur se sentit incité; 11 repose aussi en un lieu Digne du triomphe d'un dieu.
Qu'un dieu tout seul aussi se vante D'avoir faict broncher ma Constante, Elle seule, dessous le Ciel, Qui mérite avoir l'honneur tel.
L'amour qui le commun enflamme N'est que neige auprès de ma flamme, D'autant que sa divinité Surpasse toute humanité Au brasier qu'il m'a faict sentir.