SCÈNE V. — BONIFACE, MARIE
Boniface
J'estois Pour mon profit particulier,
Quant j'ay ouy ce beau Trésorier Heurter, crier d'une voix forte Que Ion luy vint ouvrir la porte.
Si est-ce que j'ay si bien faict, Qu'il ne m'a pris dessus le faict, Car, quand j'ay ouy ce beau mesnage, Ainsi qu'un homme de courage J'ai gaigné le grenier au foin :
Les jambes servent au besoin, Encor' n'est-il que tousjours estre.
Mais, par Dieu, ce pendant mon maistre Est pour les gaiges demeuré, Et moy un peu plus asseuré Que je n'estois.
Marie
Hé ! Boniface !
Vrayment vous avez bonne grâce, Encor' vous vous mocquez des gens.
Boniface
Comment cela? ce sont sergens, Qui veulent mener prisonnier Vostre maistre le Trésorier. '
Quant à moy, j'ay me mieux m'en taire.
Marie
Mais Monsieur le Protenotaire Est tout seul entre ces souldars.
Boniface
Je ne me mets en tels hasars, Je pourrois bien faisant ma monstre Recevoir quelque malencontre :
Je feray cy la ccntinelle.
ioj LA TRÉSORIÈRE
Marie
Lors que dira Ma damoiselle !
Il m'est avoir qu'elle me suyt.
Hé ! vierge Marie, quel bruit !
Je croy que le seigneur Loys Veult vous tuer.
Boniface
Il n'est que l'huis Pour bien eschapper du danger :
C'est assez pour m'en estranger, 32 Par Dieu, je n'y retourne pas.
Marie
Hé ! Boniface, parlez bas :
Je m'en vay jusque à la salette.
Boniface
Quant à moy, ma tasche est jà faite, Je n'y retourne du jourdhuy, Puis-que l'affaire j'ay conduy, Jusqu'icy, j'en suis échappe.
Et Monsieur demeure trompé; Qu'il se contente à sa fortune.
Marie
Elle nous est à tous commune :
Encor' en fault-il voir la fin.
Boniface
J'en suis bien content : mais à fin Que ne m'y pensiez embrouiller, Si Ion me faisoit despouiller ; J'en aurois mon recours sur vous.