SCÈNE III. — Messere PANTHALEONE, JULIEN
Panthaléoné, [sans voir Julien].
Ha ! grande chose de l'amour, Qui, me tormentant nuict et jour, Xe veult permettre aucunement A ce grand mal allégement.
Ha dieu ! si seulement ma peine Estoit cognue à Madalêne, Je suis asseuré que son cueur Auroit pitié de ma langueur, En despetto de ce vieil père Qui empesche que ma prière Ne peult venir à Madelon; Despetto du père félon, Et du jeune advocat aussi, Oui me cause tout mon soucy, Et me met le Martel en teste; Mais dès cet'heure je proteste De chercher un autre moyen.
Par dieu, voyci l'Italien.
Messer'Coioni, c'est luy-mesme.
Panthaléoné
Ha dieu ! je sen mon mal extrême,
Et n'aperçoy qu'une rigueur
De la part de ce Dieu vainqueur.
Julien
Ha poltron, ce n'est pas pour toy Que le four chauffe.
Panthaléoné
O quel émoy,
JACQUES GRÉVIN i4G
Et quel torment est ordonné Au pauvre Panthaléoné !
Julien Hélas ! le pauvre langoureux !
Panthaléoné
Mon seul malheur vint des beaux yeux De ma cruelle, aussi ma peine S'amoindrira par Madalêne.
Julien Vous en aurez menti, forfante !
Panthaléoné
Encor ce qui plus me contente, C'est sa grâce, c'est sa beauté, Et ne m'est rien la cruauté, Puisque je suis le serviteur D'une dame de si hault cueur.
Julien
Voyez-moy ce brave Messerre !
Il luy semble à voir que la terre
N'est pas digne de le porter.
Vous le verrez tantost vanter,
Tantost élever ses beaux faicts
Et conter ceux qu'il a deffaicts
A la prise d'un poulallier, 48
Et comme il sçait bien batailler
Quand il fault rompre un huys ouvert,
Ou bien un pasté descouvert
Pour y plonger ses mains dedans.
Le voyez- vous curer ses dens?
Il a disné d'une salade, Et au dessert d'une gambade, Puis le voylà, frisque et gaillard,
147 LES ESBAHIS
Devant l'huys du sire Gérard, Faisant l'amour, et je m'asseure Qu'il y aura bien de l'ordure, Si Monsieur le sçait une fois, Et qu'il luy trouve, car le bois Sera cher s'il n'en a sa part.
Il l'envoira bien autre part Traîner ses dandrilles. Par dieu, S'il est rencontré en ce lieu, Il en maudira la journée Qu'il commença ceste menée :
Car Monsieur est d'une nature Qu'il n'endurera ceste injure.
Panthaléoné
Per rihaver l'ingegno mio m'é aviso Che non bisogna che per l'arra io poggi Mel cerchio de la Luna, o in Paradiso; Che'l mio non credo, che tant'alto alloggi, Né bei vostri occhi e nel sereno viso, Nel sen d'avorio e alabastrini poggi Se ne va errando et io conqueste labbia Lo corro; se vi par, ch'io lo rihabbia49.
Julien
Forfanti, Coioni, Poltroni, Li compagnoni di Toni, Le mau san Lazaro te vingue, Et le mau de terre te tingue.