‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 108 sur 311 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

PAULINE

Il n'est pas possible que tu fasses cela.

VALENTIN SALVIAT.

Je me gênerai. Cette demoiselle!... Elle ne veut pas se marier I...

PAULINE

Elle est libre.

VALENTIN SALVIAT.

Elle est libre? Moi aussi 1

LANDREGY.

Ahl c'est celai Alors, parce qu'un jour vous nous avez confié, donné, si vous voulez, quelques billets de mille francs, vous trouvez extraordinaire qu'une jeune fille ne vous sacrifie pas sa vie; vous trouvez extraordinaire que moi, qui remplace son père, je ne lui dise pas : Épouse ce monsieur, tu le dois, parce qu'il m'a donné de l'argent, de l'argent qui ne lui a pas coûté grand travail, mais cela ne fait rien : il m'a rendu service, et il considère, ce bienfaiteur, que ce service momentané nous impose à toi comme à moi une éternelle servitude I

Tout doucement, mon cher monsieur. Ne criez pas si fort contre les bienfaiteurs trop exigeants sous le rapport de la reconnaissance. Il me semble qu'à ce point de vue, vous ne valez pas mieux que moi,

LANDREGY.

Moi!

VALENTIN SALVIAT.

Oui, oui. oui, vous! Eh parbleu! vous ne vous en doutez pas. Toujours l'histoire de la paille et de la poutre, \"ou8 étes-vous beaucoup mieux conduit avec vos ouvriers que nioi avec vous? Vous avez, pour eux, dépensé de l'argent et c'obl tout. Il ne vous avait pas non plus coûté grr.nd

peine à gagner, je suppose. Vous n'en exigez pas moins de la reconnaissance — une éternelle servitude, comme vous dites, — de la part de ceux à qui vous l'avez donné, et parce qu'ils se montrent ingrats, vous les condamnez au chômage — Ah ! ne dites pas non, vous l'avez déclaré vous-même ici, tout à l'heure — et parce qu'ils sont ingrats, vous fermez l'usine, et vous jetez la misère et la faim dans leurs deux cents familles. Allons, allons ! II me semble que si je suis un misérabhj, nous faisons la paire. Qu'en dites-vous, mon cher monsieur?

Entre Ëscaudain.

ESGAUDAIN.

Mon cher Landrecy, vous savez que vos ouvriers vont sortir de l'usine?

LANDRECY.

Je le sais...

ESGAUDAIN.

Et on dit" que vous, monsieur Valentin Salviat, vous |

allez supprimer toute subvention aux œuvres? 4

VALENTIN SALVIAT.

Pour le bien qu'elles font! Pour la manière dont elles

le font!

PAULINE, très animée.

L'essentiel, c'est que le bien soit fait. Ces œuvres, malgré leurs défauts, recueillent de petits enfants abandonnes, tiles soulagent des malades, elles apportent dans des fov'.Ts sans feu et sans pain de quoi avoir moins faim et moins froid, il y a des infirmes qu'elles abritent, et des vieillards qui leur doivent de mourir doucement. Et j'ajoute qu'il vaut mieux mal donner que de ne pas donner du tout.

VALENTIN SALVIAT.

D'accord, mais alors on ne fait qu'acquitter une dette. On n'est pas plus un homme charitable en faisant partie

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