‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 13 sur 311 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LANDREGY, très gai.

Mais je vous assure...

VALENTIN SALVIAT.

C'est non?...

LANDREGY.

C'est non... Je suis tout de même très touché, vous savez...

VALENTIN SALVIAT, api'ès uTi sUeuce.

Bigrel... Si j'avais su, je ne me serais pas donné tant de mal pour vous retrouver. {Un silence.) Vous êtes un peu toqués dans la maison.

PAULINE, souriant.

C'est ce que tout le monde dit.

VALENTIN SALVIAT.

Non... je ne m'attendais pas à celle-là, par exemple, et je n'ai qu'un regret, c'est de m'étre dérangé... Cherchez donc à être utile à quelqu'un...

LANDREGY.

Vous avez tort de...

VALENTIN SALVIAT.

Ahl oui, j'ai tort!... Allons! j'en suis pour mes frais, voilà tout!... Seulement, vous me permettrez de m'étonner de votre réception... Je ne pensais pas vous faire injure... mais du moment que je vous ai offensés, n'en parlons plus... Je vous offre toutes mes e-xcuses. Je croyais parler à des gens comme tout le monde; vous n'êtes, à ce que je vois, que des rêveurs et des utopistes... Je ne vous ' imposerai pas plus longtemps l'ennui de ma présence... Bonsoir.

Il prend son chapeau.

LANDREGY, clebout.

Nous n'avons pas eu l'intention de vous être désagréables, monsieur. Nous essayons de pratiquer des

théories que nous croyons bonnes. Nous ne vous demandons pas de nous imiter. Si vous voulez bien oublier que vous êtes fort riche et que nous ne le sommes pas, la maison vous est ouverte et vous avez votre place à notre table.

VALENTIN SALVIAT.

Sinon, vous me mettez à la porte... Serviteur, monsieur. {Un silence.) Eh bien! mille tonnerres, non! je ne m'en irai pas comme ça. J'ai tort, là, et je mangerai Ist soupe avec vous. Il faut me pardonner ma surprise. Voilà la première fois qu'avec mon argent je n'obtiens pas ce que je désire. Cela m'a un peu froissé : je le croyais irrésistible. J'apprends qu'il y a une limite à sa puissance : la conscience des honnêtes gens. N'en parlons plus. Seulement, vous êtes de singuliers personnages... Ma parole, je crois que vous m'auriez mieux accueilli si j'avais été\/ ruiné...

C'est bien possible.

VALENTIN SALVIAT.

Alors qu'est-ce que je vais faire de mon argent, moi?

LANDREGY.

Il y a des gens qui ont faim et qui ont froid.

VALENTIN SALVIAT.

Je connais ces histoires... J'ai été pauvre et je sais ce que sont les pauvres. Ceux qui valent quelque chose s'en tirent tout seuls, j'en suis la preuve... N'est-ce pas, mademoiselle?

GEORGETTE, qui était debout.

Je ne pense pas comme vous, monsieur, et je plains ceux qui restent insensibles devant la misère, surtout*^ lorsqu'ils l'ont connue! {A sa lanle.) Je vais rue Dorée... (A Salviat.) Excusez-moi, monsieur.

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