‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 14 sur 311 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

VALENTIN SALVIAT, PAULINE, LANDREGY.

VALENTIN SALVIAT.

Mets ça dans ta poche, mon ami, et ton mouchoir pardessus. {Il rit.) Eh Lien, elle m'a joliment fermé le bec, la jeune personne... et elle est partie avec un petit air d'impératrice !... A la bonne heure! Elle a du sang! J'aime ça... Voilà une femme comme il m'en faudrait une. {A Landrecy.) Quel âge a-t-elle?

LANDREGY.

Vingt-trois ans...

Elle vit avec vous ?

PAULINE

Elle s'est trouvée toute seule sur la terre à douze ans. Nous l'avons prise ici.

LANDREGY.

Elle a eu une enfance très malheureuse. Son père, ivrogne et débauché, a fait mourir ma pauvre sœur de douleur... Georgette elle-même était parfois battue.

VALENTIN SALVIAT.

Elle ne pense pas à se marier?

PAULINE

Oh! non... Elle dit que ce qu'elle a vu du mariage ne lui donne pas l'envie d'y goûter...

VALENTIN SALVIAT.

Pauvre petite... Et que fait-elle?

PAULINE

Elle est ici comme l'enfant de la maison, je te dis.

VALENTIN SALVIAT.

Tu as vu comtnent elle a rivé mon clou!

LANDRECY.

C'est qu'elle a des idées à elle, sur la charité.

Je vois ça d'ici.

PAULINE

J'en doute... Elle est allée rue Dorée, chez des pauvres qui ont une petite fille malade, et qu'elle soigne."

VALENTIN SAL"IAT.

Ah! oui!... La prochaine fois que je la verrai, mademoiselle Georgette, il faudra que je l'apprivoise... Elle m'a bien répondu... mais c'est précisément parce que j'ai vu la misère de près que je sais à quoi m'en tenir.

LANDRECY.

Si vous êtes irréductible à ce sujet, il y a des gens plus intéressants que les pauvres et parfois aussi misérables : ce sont les ouvriers.

VALENTIN SALVIAT.

Autre guitare.

LANDRECY.

Les ouvriers des usines. Si vous saviez à quel labeur ils sont astreints! Il y en a, dans la sucrerie, qui restent dix lîenres par jour exposés à une température effrayante et qui,, pour cela, reçoivent un bien maigre salaire.

VALENTIN SALVIAT.

C'est que probablement il est impossible de leur donner plus.

LANDRECY.

Les usines, voyez-vous, ce sont des bagnes. L'ouvrier est soumis aux caprices, à la mauvaise humeur d'un contremaître qui les mène sévèrement.

Si on les conduisait autrement, obéiraient-ils?

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