ACTE PREMIER
LANDREGY.
Mais certainement, monsieur, certainement! Ils sont ^ bons...
VALENTIN SALVIAt.
En dirigez-vous?
LANDREGY.
Non, mon service est un service de bureau. Mais je les connais. Seulement, les patrons ne savent pas.
VALENTlrt SALVIAT.
Et vous avei des idées sur ce que devraient faire les patrons? Vous appliqueriez naturellement la participation aux bcnofices
LANDREGY.
D'abord. Mais l'erreur, la grande erreur, c'est de ne pas comprendre qu'il faudrait proportionner les salaires aux besoins des travailleurs, et non pas à leur producliiiu. Voyons, est-il juste de donner la même somme d'argent à ce père de famille qui a six enfants, et à ce célibataire qui n'a que lui à nourrir? On oublie que le travail est plus précieux que le capilal, puisque le travail s'use, lui, tandis...
VALENTIN SALVIAT.
Vous sauriez gouverner des ouvriers?
LANDREGY.
Certes, et j'ai un système infaillible, expérimente, d'ailleurs, une première fois, avec succès, par Robert ^'^'" Owen. Ni amendes, ni réprimandes. Obtenir tout des ouvriers par l'éveil de leur dignité. '■
VALENTIN SALVIAT.
J'ai peur qu'elle n'ait le sommeil dur. LANDREGY, s'exallo.nt.
Et quand môme je me tromperais, quand même tout cela ne serait qu'un rove, Cil-ce qu'il ne serait pas beau
d'en tenter la réalisation? Ah! vous parliez tout à l'heure de la puissance de l'argent... Il en est une que je lui connais et qui me le rend vénérable : avec quelques pièces, on peut faire que des créatures humaines souffrent un peu moins. A cause de ce pouvoir, l'argent mérite d'être béni, et il m'est arrivé de me sentir ému en regardant un billet de banque; rien qu'à imaginer combien ce papier représentait de morceaux de pain pour les affamés, de couvertures pour les enfants transis de froid et de consolations pour les déshérités! Mais vous, vous... ce rôle ne vous tente-t-il pas? Vous avez une fortune considérable, dont vous ne savez que faire. Ne sentezvous pas que vous l'excuserez, cette fortune, en en consacrant une partie à l'œuvre que je dis : aider ceux qui travaillent? Faire que l'homme qui a peiné dix heures rapporte au moins chez lui de quoi nourrir les siens; faire que l'homme qui a peiné toute sa vie ne soit pas réduit, lors de sa vieillesse, à subir l'humiliation de la charité... Oui, l'humiliation... car ce que la société donne à cet homme qui s'est usé à son service, ce n'est pas un cadeau qu'elle lui fait, c'est une dette qu'elle lui paie, et qu'elle paie avec rapacité... lorsqu'elle la paie. Allons, monsieur Valentin Salviat, laissez-vous convaincre... essayez... Et si vous ne deviez pas réussir, il faudrait essayer cependant, parce que vous auriez tout de même fait un peu de bien... et que c'est là le seul but et la vraie joie de la vie. Mais je suis sûr du succès... sûr, sûr!
VALENTIN SALVIAT.
Eh bien! j'essaierai, si vous voulez m'aider.
Comment?
VALENTIN SALVIAT.
Vous avez inventé, un appareil, disicz-vous.
LANDREGY.
Un accumulateur.