ACTE TROISIEME
LABELLEUSE.
Parce qu'il n'y a pas à répondre à cela... Si un imbécile pouvait réussir là où des médecins ne réussissent pas, je aie demande à quoi serviraient nos études et nos diplômes.
BERTRY.
Enfin, vous ne croyez pas que ce soit possible?
LA BELLEUSE
Non.
MORIENVAL
Non.
BERTRY.
Eh bien, c'est possible tout de même... 11 y a, à Ebreville, un berger, du nom de Guernoche...
Qui a guéri Justin... Oui, je sais.
BERTRY.
Alors?
LA BELLEUSE
Le docteur Bertry m'a expliqué... Justin n'avait rien...
MORIENVAL
11 n'avait rien.
BERTRY.
Et Brinvillard... Connaissez-vous Brinvillard?
LA BELLEUSB.
Oui.
BERTRY.
Avait-il quelque chose celui-là?
RICHON
Certes.
LA BELLEUSE
Je le connais... Et votre Guernoche ne le guérira pas, j'en réponds.
BERTRY.
Il paraît qu'il l'a guéri tout do même.
LA BELLEUSE éclalc de rire, puis :
Je vous en prie... ne vous fâchez pas... ne prenez pas en mauvaise part... c'est tellement drôle... 11 a guéri Brinvillard!
MORiENVAL, en même temps.
Il a guéri Brinvillard!
LA BELLEUSE, 7'ia7it , puis reprenant son sérieux.
Savez-vous qui le soignait, Brinvillard? [Un temps.) C'était le docteur Bertry... [Triomphant.) Ah!
BERTRY.
D'accord. Mais Brinvillard ne pouvait pas se tenir debout, et hier, on l'a vu chasser. Qu'est-ce que vous en dites ?
LA BELLEUSE
Je dis... je dis que si je le voyais moi-même, je n'y croirais pas... Mais, mon cher, comprenez donc qu'il y a des lois, dans la nature, des lois, vous entendez, des lois qu'on ne transgresse pas !...
MORIENVAL
A quoi servirait-il qu'il y en ait, s'il était possible de les transgresser?
LA BELLEUSE, À Richon.
Vraiment, mon cher collègue, qu'est-ce que vous pensez de cela? Bien entendu, j'écarte M. Bertry, qui est de bonne foi, mais les autres... ces malades qui ont perdu la confiarT^e dans le savoir des premiers d'entre nous... et qui vont se mettre entre les mains d'un berger... cela ne vous révolte pas, une bêtise pareille?
RICHON
LA BELLE USE
Non!
Rien ON, avec bonté.
Non... Songez donc combien il faut qu'ils souffrent, ces malheureux, pour ailer mendier à un berger quelques paroles d'espérance! C'est de la bêtise, dites-vous?... Peut-être... Mais elle est faite de tant de douleurs, de faiblesses et de misères, cette bêtise-là... Et puis, nous devons le reconnaître, nous ne savons pas tout...
BERTRY.
Vous, Richon, vous admettez que ce berger ait pu obtenir une guérison?
RICHON
Mon Dieu, pourquoi pas?
LA BELLEUSE
Vous dites cela! Vous n'avez donc aucune foi dans notre art?
RlCHON.
De la foi dans la médecine, je n'en ai plus guère, c'est vrai, ot je vais vous dire pourquoi... Je n'ai pas pu enipèclier mon fils unique de mourir à dix-sept ans, monsieur, et pourtant... je vous jure...
Entre le docteur Bertry. Il est rayonnant. Au cou, la cravate de commandeur.