ACTE DEUXIEME
arrêtée et condamnée à un mois de prison pour recel. Après avoir fait sa peine, elle a disparu. On croit qu'elle est retournée dans son pays. » C'est bien de vous qu'il est question?
YANETTA.
Oui. Mon Dieu I Je croyais cela si loin, si oubliél... Tout est vrai, monsieur, mais voilà dix ans que je consacre toutes les minutes de ma vie à expier, à tâcher de me racheter... Tout à l'heure, monsieur, je vous ai répondu avec brutalité! Je vous demande pardon. Vous avez maintenant entre les mains non seulement ma vie, mais celle de mon mari, et l'honneur de mes enfants... J/
MOUZON
JJotre mari ignore...?
YANETTA.
Oui, monsieur... Oh! vous n'allez pas le lui dire! Je ^ vous en prie à genoux... Ce serait un crime, oui, un crime... Écoutez-moi... Écoutez-moi... Je suis revenue au pays, je me suis cachée... j'aurais préféré être morte... je n'ai pas voulu rester à Paris, vous comprenez pourquoi. Et puis, au bout de peu de temps, j'ai perdu maman. Etcliepare m'aimait, il me pressait de l'épouser. J'ai refusé. ., J'ai eu le courage de refuser pendant trois ans... Puis, j'étais si seule, si triste, et lui si mallieureux, que j'ai fini par céder. J'aurais dû tout lui dire. J'ai voulu, je n'ai pas pu. 11 en aurait trop souffi rt. Car il est bon, monsieur,
je lous le jure (Su?- un geste de Mouzon.) Oui, oui...
quelquefois, c'est vrai, quand il a bu, il est brutal. J'allais vou^le dire. Je ne veux plus vous mentir, monsieur... Mais c^lsi lui arrive de plus en plus rarement... {Pleurant.) Oh! qu'iljie sache pas, monsieur, qu'il ne sache pas... Il s'en irait, il m'abandonnerait... il me prendrait mes enfants. {Un cri.) Ah! il me prendrait mes enfants!... Je no sais pas comment vous parler, mais il est impossible que vous le lui disiez maintenant que vous savez tout le
mal que cela ferait... Dites? Évidemment, j'ai été coupable... mais est-ce que je comprenais... est-ce que je savais... Je n'avais pas encore dix-sept ans, monsieur, lorsque je suis allée à Paris... Mes patrons avaient un fils; il m'a prise presque de force... et puis je l'ai aimé... et puis il a voulu m'emmener parce que ses parents voulaient l'envoyer au loin... J'ai fait ce qu'il a voulu... Cet argent, je ne savais pas qu'il l'avait voie... je voue jure, monsieur, que je ne le savais pas.
MOUZON
C'est bien, calmez-vous.
YANETTA.
Oui, monsieur.
MOUZON
Laissons cela de côté pour le moment.
Oui, monsieur.
MOUZON
^Et revenons à votre mari.
YANETTA,
Oui, monsieur.
MOUZON, ti'ès sincère.
Tîassemblez tout votre courage, ma pauvre femme. Votre mari est coupable.
YANETTA.
Ce n'est pas possible! Ce n'est pas possible...
MOUZON, 1res sincère.
l^ne l'a pas encore avoué lui-même, mais il s'en faut de peu. Je sais, moi, qu'il a passé cette nuit-là hors de chez vous... des témoins me l'ont déclaré...
\ YANETTA.
/y^ Non, monsieur!... Mon Dieu, mon Dieu! Des témoins, \\ quels témoins? Ce n'est pas vrai.