ACTE PREMIER
donneriez pas cette confiance... Vous n'exposeriez pas... Dans combien de temps pourrai-je me marier?
LE DOCTEUR
Dans trois ou quatre ans.
l'avarié.
Comment, dans trois ou quatre ans... pas avant ?
LE DOCTEUR
Pas avant !
l'avarié.
Pourquoi? Je vais donc être malade pendant tout ce temps-là? Vous me disiez tout à l'heure...
LE DOCTEUR
Le mal ne sera plus dangereux pour vous-même, mais vous, vous serez dangereux pour les autres. Mais, docteur, je me marie dans un mois.
LE DOCTEUR
C'est impossible!
l'avarié.
Je ne puis pas faire autrement. Le contrat est préparé, les bans sont publiés... j'ai donné ma parole...
LE DOCTEUR
Voilà bien les clients ! Tout à l'heure vous cherchiez votre revolver : maintenant, vous voulez vous marier dans un mois 1
l'avarié.
Parce qu'il le faut!
LE DOCTEUR
Je vous le défends.
l'avarié.
Cela ne peut pas être sérieux. Du moment que le mal n'est pas ce que j'imaginais et qu'on peut en guérir, je ne me suicide pas. Et du moment que je ne me suicide pas.
iS LES AVARIES
je reprends la suite de mon existence. Je tiens mes engagements : je me marie.
LE DOCTEUR
Non.
i.'av.vrik.
Si... Mon mariage manqué, monsieur le docteur, ce serait un désastre. Vous en parlez ainsi parce que vous ignorez. Moi, je n'y tenais pas à me marier... J'avais comme une seconde famille; je vous ai dit : les enfants m'adoraient... C'est ma tante, une vieille fille pleine de tendresse qui m'y a poussé. Ma mère s'est enthousiasmée de ce projet : elle ne désire plus rien que de bercer ses petits-enfants. Elle veut me voir « établi », comme elle dit. Depuis qu'il est question de ce mariage, c'est pour elle une idée fixe, et elle se demande vingt fois par jour si elle vivra assez longtemps pour assistera la réalisation de son rêve. Si je reculais maintenant, ma mère mourrait de chagrin, et ma tante me déshériterait. C'est elle qui a la fortune de la famille. Mais je passe là-dessus. Et mon beau-père I Mon beau-père est un homme à cheval sur les principes, sévère, violent. Il ne plaisante pas avec les choses sérieuses, et cela pourrait me coûter cher, mais très clier, tout à fait cher. Ajoutez à cela qu'il a un culte pour sa fille. Il me demanderait raison... je ne sais pas ce qui se passerait... Ainsi il y va de la santé de ma mère, de l'héritage de ma tante, de mon avenir, de mon honneur, et peut-être de ma vie. Enfin, je vous dis que j'ai donné ma parole.
LE DOCTEUR
Il faudra la reprendre.
i.'av A RI !•:.
Vous y tenez! Mais en supposant même que ce soit possible, je ne saurais reprendre ma signature apposée au bas de l'acte par lequel je m'engage à payer, dans deux mois, la charge de notaire que j'ai achetée.