‹ Théâtre completChapitre 11 sur 241 · ACTE PREMIER l'j · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER l'j

LE DOCTEUR

Monsieur, toutes ces...

l'avarié.

Vous ne direz pas que j'avais manqué de prudence puisque je n'ai disposé de la dot qu'après la lune de miel...

Monsieur, toutes ces considérations me sont étrangères. Je suis médecin et rien que médecin. Je ne puis que vous déclarer ceci : si vous vous mariez avant trois ou quatre ^ ans, vous serez un criminel.

l'avarié.

Non, monsieur, vous n'êtes pas qu'un médecin, vous êtes aussi un confesseur. Vous n'êtes pas qu'un savant et ne pouvez pas vous contenter, après m'avoir observé comme vous observeriez une chose inerte dans votre laboratoire, de me dire : « Vous avez ceci, la science dit cela. Maintenant allez-vous-en ». — Toute mon existence dépend de vous. Votre devoir est de m'écouter, parce que lorsque vous saurez tout, vous me comprendrez — et vous trouverez le moyen de me guérir dans un mois.

LE DOCTEUR

Mais je me tue à vous dire qu'il n'existe pas, ce moyen ! Je ne serai certain de votre guérison — autant qu'on peut être certain — que dans trois ou quatre ans.

l'avarié.

Je vous dis que vous en trouverez un. Écoutez-moi, monsieur, si je ne me marie pas, je ne touche pas la dot. Voulez-vous me dire comment je paierai les billets que j'ai signés?

LE DOCTEUR

Oh! si la question se pose ainsi, c'est tout simple. Je vais vous donner un moyen de vous tirer d'affaire. Vous allez vous mettre en rapport avec un homme riche, vous

ferez tout pour capter sa confiance et lorsque vous y aurez réussi, vous le dévaliserez.

l'aV ARl K.

Je n'ai pas le cœur à plaisanter.

LE D 0 C T E U n .

Je ne plaisante pas. Voler cet homme, l'assassiner même, ce ne sera pas un crime plus grand que celui que vous commettriez en prenant une jeune fille en bonne santé, • n vous emparant de si dot, même s'il faut pour cela l'exposer aux conséquences epouvant.ibirs du mal que vous lui aurez donné.

l'avarié. ^

Conséquences épouvantables?...

LE DOCTEUR

...Et dont la plus épouvantable n'est pas la mort...

l'avarié.

Mais vous me disiez tout à l'heure...

le docteur.

Tout à l'heure je ne vous disais pas tout. Même atténué, supprimé à peu près par nos remèdes, le mal reste mystérieux, menaçant, et, somme toute, assez grave pour que ce soit une infamie d'y exposer votre fiancée afin de vous épargner un ennui, si gros qu'il soit.

l'avarié.

Mais est-il donc certain que ce malheur arriverait?

le docteur.

Même dans la meilleure intention, je ne veux pas mentir. Non, ce n'est pas absolument certain. C'est probable. Et il est une autre vérité que je dois vous dire maintenant. Nos remèdes ne sont pas infaillibles. Dans un certain nombre de cas, — un très petit nombre — à peine cinq pour cent, ils restent sans effet. Vous pouvez être

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