ACTE PREMIER
votre goût, voilà tout... Moi, je n'ai pas non plus d'amour pour vous. Alors, je n'aurais pas d'excuse si je vous écoutais. Parlons d'autre chose, je vous le repète, cela vaut mieux.
ANDRÉ
Vous me détestez.
MARGUERITE
Non. Même, vous me plaisiez plutôt, parce que, jusqu'à aujourd'hui, je croyais que vous étiez autrement que les autres.
ANDRÉ
Eh bien, voulez-vous me faire une grâce?
MARGUERITE
Dites ?
ANDRÉ
Oubliez tout ce que je vous ai dit.
Je ne demande pas mieux.
ANDRÉ
Pardonnez-moi...
MARGUERITE
Vous êtes pardonné...
ANDRÉ
Alors, donnez-moi la main... de bon cœur.
MARGUERITE
Voilà.
Très sincères tous les deux, ils se donnent une poignée de main masculine.
ANDRÉ
Je vous ai fait du chagrin : je vous ai blessée. Il faut m'excuser si je suis méchant, mademoiselle Marguerite, parce que j'ai eu, ces jours-ci, une grande tristesse.
MARGUERITE
Oui, je sais.
MARGUERITE
Vous savez?
Je suppose...
Le mariage de...
C'est cela. Vous l'aimez donc encore?
Non. Mais la célébration de ce mariage m'a rappelé ce que j'ai souffert il y a huit mois... Vous avez déjà vu des gens ordinairement gais et chez lesquels un anniversaire fait jaillir de nouvelles larmes et ressuscite pour un jour une douleur qu'on croyait morte,
Je vous comprends... Plus que vous ne pouvez le supposer.
Je n'ai personne à qui raconter tout cela... Mon père se moquerait de moi... maman... maman, je n'ose pas... quant aux amis ils m'écouteraient et après, ils riraient entre eux... C'est peut-être mon bonheur que j'ai perdu en ne l'épousant pas.
MARGUERITE
Pourquoi ne l'avez-vous pas épousée?
ANDRÉ
Mon père n'a pas voulu.
Pourquoi?
ANDRÉ
Des idi'csà lui... Ah! je puis bien le dire : parce qu'elle n'était pas assez riche... Uu'esl-ce que ça me fait, la richesse? Au moins, j'aurais quelqu'un «jui m'aimerait...