‹ Théâtre completChapitre 34 sur 241 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

mais si vous saviez ce que c'est pour moi, cet enfant... J'en ai perdu un à cet âge-là... Je suis vieille... Je suis veuve... Je n'espérais pas vivre assez longtemps pour être grand'mère... Vous avez raison... Calme-toi, Georges... Ce serait mal l'aimer que de nous laisser aller à des larmes... Nous allons causer, monsieur, et sérieusement, froidement... mais je vous déclare que jamais vous ne me déciderez à placer l'enfant dans des conditions qui ne soient pas les meilleures conditions possibles... Je ne veux pas, pour elle, du biberon qui la tuerait. Voilà!...

LE DOCTEUR

Ce n'est pas la première fois que je me trouve dans la situation où nous sommes. Eh bien! madame, je vous déclare que toujours, vous entendez, toujours, les parents qui ont passé outre à mes conseils, s'en sont cruellement repentis.

LA MÈRE

Ce dont je me repentirais, ce serait...

LE DOCTEUR

Mais vous ne savez pas ce dont est capable une nourrice, vous ne savez pas ce que la rancune, légitime d'ailleurs, jointe à la rapacité, à l'avidité, à la méchanceté des paysans peut inspirer à ces gens-là... pour lesquels le bourgeois est toujours un peu un ennemi, et qui sont féroces lorsqu'ils peuvent se venger sur lui de leur infériorité.

L A M ii R E .

Oh! qu'est-ce qu'elle peut faire"?

LE DOCTEUR

Ce qu'elle peut faire?... mais elle peut vous faire un procès.

LA M h: R E .

Elle est beaucoup trop bête pour avoir cette idée-là.

LE DOCTEUR

D'autres la lui donneront.

LA M EUE

Et trop pauvre pour en payer les premiers frais.

LB DOCTEUR

Alit!2-vous donc proliter de son ignorance et de sa pauvreté? D'ailleurs, elle pourrait obtenir l'assistance judiciaire.

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