‹ Théâtre completChapitre 41 sur 241 · SCENE VI L'AVARIÉ, LA MÈRE, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

SCENE VI L'AVARIÉ, LA MÈRE, LE DOCTEUR

LE DOCTEUR

L'état est toujours le même, nullement inquiétant. Il va s'asseoir dans le fauteuil de Georges comme pour écrire une ordonnance.

LA MÈRE

Monsieur le docteur, vous allez désormais pouvoir donner tous vos soins au bébé et à la nourrice sans aucun scrupule. Pendant votre absence, nous avons fait de la bonne besogne. La nourrice a été mise au courant de la situation et elle l'accepte, en même temps qu'une indemnité dont le chiffre est même arrêté, d'accord avec elle.

Madame, la maladie que la nourrice contractera presque infailliblement en allaitant l'enfant est trop grave par ses conséquences possibles, conséquences lointaines qui peuvent aller jusqu'à l'infirmité, et même jusqu'à la mort — pour qu'une indemnité quelle qu'elle soit puisse payer le dommage que vous aurez causé.

LA MERE

Mais elle accepte! Elle est bien maîtresse d'elle-mérae... elle a bien le droit...

LE DOCTEUR

Je ne suis pas certain qu'elle ait le droit de vendre sa, propre santé, mais ce que je sais bien, c'est qu'elle n'ai pas le droit de vendre celle de son mari et celle de sesj enfants. Ce mal, si elle en est atteinte, il est à peu près certain qu'elle le communiquera à son mari, aux enfants qu'elle a, et la santé et la vie de ceux qu'elle aurait plus tard seraient gravement compromises. C'est tout cela qu'elle ne peut vendre... Allons, madame, vous voyez bien qu'un marché de ce genre n'est pas possible. Si le malheur n'est pas accompli, il faut tout faire pour l'éviter.

LA M h; R E .

Vous ne défendez pas nos intérêts, monsieur 1

LE DOCTEUR

Madame, je défends ceu.v du plus faible.

LA MtlRE.

Si nous avions appelé notre médecin qui nous connaît, il aurait pris parti pour nous, lui.

J'en doute, madame. (Se levant.) Mais il est encore temps de l'appeler.

l'avarié.

Maman I Je vous en supplie, docteur.

LA MÈRE, suppliante.

Ne nous abandonnez pas, monsieur. Vous devez bien excuser... Si vous saviez, celte enfant, ce que c'est pour moi I... Je vous dis : Il me semble que j'ai attendu qu'elle soit là pour mourir... ayez pitié de nous, ayez pitié d'elle... vous parlez du plus faible... Est-ce que ce n'est pas elle, la plus faible ? Vous l'avez vue I vous avez vu ce pauvre

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