ACTE DEUXIEME
ISABELLE-
Continue.
CHARLOTTE
Cette dame, cette dame du monde allait à la chambre de sa bonne, et passait, par conséquent, sur notre carré. Elle m'interpella de la façon la plus grossière.
PIERRE
A travers la porte?
CHARLOTTE
Non, pas à travers la porte. Je l'avais ouverte, la porte.
PIERRE
Pourquoi ?
CHARLOTTE, ûprès 1171 temps.
Pour renouveler l'air. Mais, puisque je suis forcée de me justifier à chaque parole, comme si j'étais devant le commissaire de police, je ne dirai plus rien.
ISABELLE
M. Pierre sait ce qu'il a à faire. Moi, j'ai eu un ami qui s'est battu en duel pour moins que cela.
Tu en as de la chance !
ISABELLE
Même qu'il a blessé son adversaire.
CHARLOTTE
Il t'aimait, parbleu!
PIERRE
Il est impossible de croire qu'elle t'ait injuriée ainsi sans provocation.
CHARLOTTE
Ne le crois pas. C'est pourtant la vérité.
PIERRE, allant à la fenêtre ouverte.
Qu'est-ce qu'on entend ? (Ges<e de la main pour demander
150 LES HANNETOxNS
le silence.) On se dispute... C'est au-dessous... on parle de nous... Chut!... {Un temps.) 11 parait que ce n'est pas un nom d'oiseau que tu lui as donné, toi, à la dame.
Je ne pouvais pas me laisser insulter sans rien répondre. Je la vaux bien, peut-être! Elle a au moins quarante ans, avec des yeux qui se boudent... Et fagotée! Je suis une honnête femme, moi!
PIERRE, même jeu.
Elle dit au monsieur de venir me tirer les oreilles.
CHARLOTTE, à Isabelle.
Et tout ça, parce que, le lendemain de son arrivée, elle a surpris ce pauvre Bijou en train de faire ses petites ordures sur son sale paillasson.
PIERRE, même jeu. Elle dit que tu l'y conduis exprès chaque matin.
CHARLOTTE, allant vers la fenêtre.
Attends ? Je vais lui répondre.
Laisse. C'est maintenant entre hommes que celte affaire doit se régler.
PIERRE
Ils se disputent ensemble.
CHARLOTTE
Ahl ils se disputent!
Elle frappe le plancher du talun à plusieurs reprises. M i;n R E.
Qu'est-ce que tu fais?
c H A l; LOTTE.
Est-ce qu'ils n'ont pas frappé au plafond, l'autre jour?