ACTE III
que dans l'ombre de la nef j'entrevoyais une Présence auguste.
JEAN, riant.
Ah I le poète !...
PAUL
Non, le paysan !... Moi aussi, je laboure un champ très aride, et suis touché lorsqu'un peu d'idéal vient rafraîchir mon âme. Après le Salut, au lieu de regagner directement la maison, nous avons fait un détour à travers la campagne. Le sentier que nous suivions se faufilait entre de hauts seigles dont les barbes nous piquaient la figure, tandis que sous leur couvert les cailles amoureuses martelaient d'ardents appels... Les étoiles s'allumaient une à une... La terre, au contact des souffles tièdes qu'envoyait le ciel, frissonnait d'aise. En marchant je fredonnais le psaume que nous venions d'entendre :
Laudate Dominum de cœlis,
psaume qui renferme \im originale exhortation aux montagnes, vallées, collines, aux hommes et aux anges, aux animaux, y compris les cétacés qui habitent les abîmes des mers, à louer le Seigneur. De toute la plaine s'élevait comme une clameur contenue accompagnant ma voix... Marie s'est retournée et j'ai lu dans son regard qu'elle aussi percevait le cantique des blés et des futaies. En approchant de mon parc, nous avons longé un pré où pâturait le troupeau du fermier, et nous sommes restés un instant à considérer les jeux d'une vache avec un jeune taureau. Pour commencer, la vache,
314 LA PILLE SAUVAG
par petits coups amicaux, cognait de son froi l'adversaire, lequel accueillait mollement ses avar ces et faisait mine de s'éloigner; mais alors la vach lui barrait le passage et, où qu'il se tournât, metta sa croupe en travers... Le taureau, trop enfant pou apprécier, reculait... Quant à sa compagne, elle n jouait plus... Peu à peu, elle se transformait e vache enragée... Ses coups de corne devenaier rudes : « Tiens, voilà pour toi que je prenais pou un taureau, et qui n'es décidément qu'un veau !... Marie démêlait aussi bien que moi le sens de c petit drame qui nous en rappelait un autre. EU n'a plus levé les yeux sur moi, et nous somme' rentrés silencieux à la maison.
JEAN
Hé! Hé! ce mélange de haute piété et de joie d vivre, rend la jeune personne assez inquiétante.
PAUL
Kaison de plus pour que j'aie grand soin de mt nager sa foi. Il serait imprudent de la priver de c soutien.
JEAN
Au point de vue moral vous avez sans dout raison. Mais la dévotion n'est-elle pas ennemie d la culture intellectuelle que vous prétendiez It donner ? J
PAUL
Pas du tout ! La dévotion enrichit les âmes pa l'infinie variété des nuances dont elle colore U