ACTE II J
bien changée, n'est-ce pas?... Un peu moins qu'not' pauv' Miremont pourtant!...
JEAN
Vous demeurez ici maintenant?
MADELEINE, souriant.
Oui... Bonne de curé pour finir !..,
ROBERT, de sa place, au troisième banc.
Maman, combien de messes par mois pour vos
gages : {Tonnerre de gros rires. Madeleine, éperdue, va se blottir <ur le Jeraier banc.)
L ABBE, resté avec Jean aux enviroua du Mois de Marie, promène sur l'assistance un regard satisfait.
Ah! ahî il y a là-dedans des figures que je n'aperçois pas souvent devant moi quand je prêche. (A Jean.) Ccs païcus-là Seraient capables de ne plus venir si je laissais ma soutane trop en vue. Je vais
la cacher. (Il va s'asseoir près de sa mère, accompagné d'un grognement approbateur,)
JEAN, maintenant seul en face de l'assemblée, s'adosse à la chaire et parle debout, objet d'une attention passionnée.
Messieurs, j'étais presque enfant lorsque, devant le cadavre mutilé de l'un des vôtres, j'ai prononcé un serment : des hommes meurent pour nous, je veux me dévouer à eux. Ces mots, vos envoyés me les ont rappelés, et me voici.
Mais, en promettant de venir, j'ai formellement déclaré que je ne m'engageais pas à répéter mes conférences de Paris. Est-ce vrai, Robert?...
ROBERT
Parfaitement I
JEAN
Si je me réservais de choisir le sujet de cet entretien, c'est que, sans en avoir conscience, je laissais évoluer mes idées dans une direction nouvelle. Aujourd'hui, mon esprit est rempli d'une clarté qui ne faisait alors que poindre, et je suis à même de m'expliquer avec une absolue franchise. Ce que je dirai ne répondra guère à vos espérances. Si mes paroles vous semblent cruelles, sachez bien que, moi-même, j'ai beaucoup souffert avant de les penser.
II y a trois mois, lors de mon entrevue avec vos envoyés, je traversais une époque singulièrement troublée de ma vie. Je constatais que peu à peu les devoirs que j'avais acceptés envers les cercles d'ouvriers devenaient un fardeau trop lourd pour mes épaules. Certes, je n'entends pas faire ici le procès de l'œuvre admirable qui, pendant des années, a été ma consolation. Ce n'est pas en elle que je n'ai plus foi, c'est en moi-même. Mon âme est pleine de sentiments qui ne devraient pas exister chez un serviteur des pauvres. Il faut me rendre à l'évidence : je n'ai pas la vocation de ramener la multitude à Dieu.
L'ayant constaté, je n'en poursuivais pas moins ma mission auprès des ouvriers. C'est qu'entre eux et moi il existe un pacte : ce n'est pas mon argent que j'ai promis de leur livrer, c'est ma personne, et je tenais parole, quoi qu'il m'en coûtât... Au mo-