ACTE IV l^T
ROBBRT
Je ne suis pas certain que vous ayez amélioré le
moral des ouvriers : mais vous avez amené les personnes de votre monde à tenir compte du droit au bien-être de leurs salariés et vous avez exposé la question sociale à de beaux messieurs qui n'y songeaient pas...
JEAN
Serez- vous aussi affîrmatif en faveur de la seconde partie de mon existence?
ROBERT, riant.
Je vois ce qui vous tourmente!... Vous craignez d'avoir été parjure en profitant de notre crime pour transiger avec vos remords. Eh bien I rassurezvous... Je considère que votre seconde manière a été plus féconde que la première.
JEAN
Sans que je l'aie fait exprès...
Celui qui nous a si joliment démontré la théorie du Repas du lion n'a pas le droit de se donner pour un bienfaiteur involontaire. Vous avez, avec une pleine conscience de vos responsabilités, choisi la voie qui vous semblait conduire le plus sûrement au but. Vous ne vous trompiez pas. Votre fortune est immense et la prospérité de la région qui entoure vos forges justifie, dans une large mesure, la part du lion que vous retenez. Loyalement, je vous déclare que je la trouve trop forte, mais il faut vous
rendre cette justice que vous savez aller au-devant des revendications des travailleurs et leur donner la veille ce qu'ils exigeraient le lendemain. Vous serez, j'en suis certain, le premier parmi les grands industriels à mettre vos usines sous le régime de la participation aux bénéfices. Vos ouvriers s'y attendent. On ne peut pas dire qu'ils vous aiment, car vous êtes un maître à poigne, mais ils vous estiment et vous respectent. La grève est inconnue dans vos établissements.
JEAN, riant.
Si je meurs avant vous, je souhaite que mon successeur à l'Académie s'adresse à vous pour se documenter. J'y gagnerai un beau panégyrique...
ROBERT
Laissez-moi d'abord achever celui que je prononce... Savez-vous quand vous avez rendu aux classes laborieuses le plus signalé service ?... C'est à l'instant même où vous aviez l'air de les lâcher.
JEAN
Pendant la séance au presbytère ?
ROBERT
Justement... Votre discours m'avait laissé rêveur. A force de le méditer, j'en ai extrait des notions précieuses... Comme j'étais destiné à devenir un des chefs du parti socialiste et un des arbitres des destinées de la France, vous deveniez, en me communiquant vos idées, un des directeurs spirituels du pays.