‹ Théâtre completChapitre 9 sur 190 · ACTE 1 &â · texte numérisé non relu

ACTE 1 &â

l'abbé

Que voulez-vous, maman, je me suis fait prêtre pour sauver des âmes et non pour orner Tesprlt d'un enfant privilégié. Avoir conscience de bien servir Dieu dans ma petite paroisse me suffit.

PROSPER

C'est égal, un gaillard comme toi aurait mieux convenu à M. Jean qu'un vieux prêtre tout démoli...

l'abbé

Qui n'en est pas moins un latiniste distingué, ancien professeur de rhétorique, très capable de diriger des études littéraires, pour peu que M. Jean y prenne goût...

ROBERT

Que qu'ça fait qu'M. Jean travaille ou ne travaille pas?... Son pain est cuit !...

PROSPER

Qu'ça te fasse plaisir ou non, y n'est pas bête... Paraît qu'y en a pas beaucoup de son âge pour en savoir autant que lui.

ROBERT, iroaiqu*.

Facile à dire!... Quand on est seul, on est premier !...

l'abbé

Lorsqu'on a voulu me le confier pour élève, il

sortait du collège. J'ai vu ses bulletins. Il était piemier d'une classe de 60 enfants.

ROBERT

Pourquoi ne l'avoir pas laissé dans cette boîte où il était roi ?

PROSPER

Y s'ennuyait, oh ! mais, y s'ennuyait, c'est l'cas d'ie dire, à crever... C'est comme j'ai vu des chiens de berger qui avaient toujours été libres et qu'on mettait à l'attache; eh bien ! le premier jour, y sautaient, hurlaient, faisaient un boucan infernal, et, après deux ou trois semaines, on les voyait tomber à rien et on les trouvait morts, un beau matin, devant la niche. M. Jean ne peut plus vivre ailleurs qu'ici... On l'a laissé trop pousser sans jamais l'emmener en ville. On a fait de lui un petit animal des bois, aussi difficile à priver que les louvards ou les renardeaux. Y n'était pas depuis six mois au collège qu'y s'tenait déjà plus debout, on lui voyait au travers des côtes et les médecins ont déclaré qu'il fallait le ramener à Miremont, vite, vite, vite, rapport qu'avec sa santé délicate y pouvait pas supporter le mal du pays. C'est alors qu'on lui a cherché un précepteur. Depuis ce temps on le tient le plus possible à la grande air. Même quand il étudie, c'est au jardin, et M. l'abbé lit son bréviaire auprès de lui... en été, bien entendu.

D'après ce que tu dis, il est resté bien délicat?

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