ACTE I
LOUVET
Jo serai ton second. — Mais que Vergniaud s'explique !
MADAME ROLAND, assise à gauche près de Sieyès . et de Vergniaud.
Vous Tentendez , Vergniaud ? C'est la clameur publique.
VERGNIAUD
J'ai pesé le mandat dont on veut me charger : Je ne recule pas ; mais je vois le danger.
S*approchant de Barbaroux et de Loaret.
Tous les frémissements de votre conscience
Soulèvent dans mon sein la même impatience ;
J'ai septembre en horreur ; je m'indigne avec vous
Du contact des bourreaux qui siègent parmi nous ;
Il faut que nous brisions la Commune rebelle ,
Si nous ne voulons pas être brisés par elle ;
Enfin je ne sais pas un seul gouvernement
Qui sous le feu des clubs puisse vivre un moment
Oui , Barbaroux , c'est là que l'anarchie ameute
Une minorité qui règne par l'émeute ;
Nous sommes sous le joug d'un millier de tyrans
Qui prétendent traiter la France en conquérants ;
Ils ont , pour opprimer la v^rtu travestie ,
Imaginé d'en faire une aristocratie ,
Et le crime , impuni sous un nom courtisé ,
Dans leur nouveau langage est démocratisé.
Oui , c'est vrai. — Je prévois que cet essai terrible
Rendra la liberté pour longtemps impossible ,
Et que la France , après un si rude labeur,
Tombera de fatigue aux mains d'un dictateur.
— Hélas ! la liberté , comme un trompeur mirage , Fuira-t-elle toujours l'œil qui se décourage ? Sommes-nous condamnés , nous ses meilleurs amis , A ne jamais entrer dans ce pays promis ,
Et verrons-nous toujours au seuil démocratique La révolution , — jamais la République 1
BARBAROUX
Eh bien?
VERGNIAUD
Gourmandez donc les flots tumultueux ! Enchaînez l'océan , Xercès présomptueux I
— Ah ! le doute est permis en face de la tâche ; Parler est imprudent , et se taire est bien lâche. Faut-il se retirer sans avoir combattu ,
Et , se ré'fugiant dans sa froide vertu ,
Considérer d'en haut , philosophe égoïste >
La sombre tragédie à laquelle on assiste ?
Mais c'est autoriser d'autres assassinats.
Qu'est-ce qu'une vertu qui ne s'indigne pas 1
Faut-il faire éclater une sainte colère ?
Mais c'est exaspérer la fureur populaire ,
Attiser le foyer de nos dissensions ,
Et hâter l'incendie et les destructions.
— ■ Peut-être n'est-ce pas sans un travail énorme ,
Sans d'immenses douleurs , qu'un État se transforme.
Ce long enfantement d'un monde jeune et fort
 des convulsions comme en aurait la mort.
Nous y périrons tous les uns après les autres ;