ACTE I
Toute idée est mortelle à ses premiers apôtres.
Mais Tâge balaîra cette vapeur de sang
Qui sur notre horizon couvre le jour naissant ;
Alors sans doute , après bien des vicissitudes ,
Après d'autres excès et d'autres servitudes ,
La raison , qui poursuit son céleste chemin ,
Resplendira sans ombre aux yeux du genre humain.
LOUVET
Fort bien ; mais laissons là l'éclat du beau langage. Que ferez-vous , Vergniaud , si le combat s'engage ?
VERGNIAUD
Ce que j'ai fait répond de ce que je ferai.
Je ne provoque pas un choc prématuré ;
Non. Je ne puis moi-même assumer sur ma tête
Les malheurs imprévus d'une telle tempête ,
Et je vous prie i au nom du salut de l'État ,
De réfléchir avant d'engager le combat.
Mais si , contre mon gré , l'un de vous le hasarde ,
Vous me verrez alors combattre à l'avant-garde.
Comme du premier coup vous allez tout jouer ,
Il ne s'agira plus que de me dévouer,
Et de prouver, à ceux que ma prudence étonne ,
Que j'ai craint pour la France pt non pour ma pf^rsonne.
LOUVET
Il nous suffit , Vergniaud.
VERGNIAUD) rerenant vers madame Roland et le groupe qui est à gauche.
vaisseau triste et cher 1
Un nouveau coup de vent t'emporte en pleine mer. Où vas-tu , démâté , sans aviron , sans voile , Ne sachant à quel Dieu demander une étoile?
Garde plutôt le port !
SIBTÈS, aMU.
Yergniaud a trop raison.
^ Réfléchissez , messieurs.
LOUVET
Ce n'est plus la saison.
Doit-on délibérer, lorsque le sang ruisselle ? Voulez-vous refroidir l'horreur universelle?
Quand le triumvirat sera bien affermi , Sera-t-il temps alors d'attaquer l'ennemi?
SIEYÈS
Et quand donc voulez-vous l'attaquer?
BARBAROUX
Tout de suite ; Demain. — L'Europe entièrp attend cette poursuite. Chaque jour de repos devant les assassins Nous confond avec eux , aux yeux de nos voisins. '
SIETÈS.
Et quel est votre plan?
BARBAROUX
Du haut de la tribune , Provoquer un décret qui casse la Commune , Chasse les assassins de la Convention ,