ACTE I.* ±r
Mette les triumvirs en accusation ,
Et , si contre les clubs Paris ne nous protège ,
Hors des murs de Paris transporte notre siège.
SIEYÈS
Et sur quoi comptez-vous ?
BARBAROUX
Sur quoi ! Sur l'équité , Sur notre droit , Sieyèi , sur Thonneur révolté , Sur la haine du meurtre et de la dictature , Sur tous les bons instincts de l'humaine nature , Sur les départements qui vont , tous à la fois , S'armer pour notre cause et la cause des lois. — Déjà mes Marseillais s'excitent par avance ; Ils sont mille , tous fils du soleil de Provence ; Chacun d'eux a reçu de ses pauvres parents Deux pistolets , un sabre , un fusil , six cents francs. Ils ont fait un dix août contre les royalistes ; Ils sauront en faire un contre les anarchistes.
SIEYÈS) se levant et «'approchant de Barbarouz.
J'aime en des jeunes gens cette noble chaleur ; Mais chez l'homme d'État c'est un public malheur. Raisonnez : — la Commune a des droits formidables Qui gardent ses accès partout inabordables ; Contre l'attaqué ouverte ou le complot secret Elle a la force armée et les mandats d'arrêt. Les clubs ont avec eux le peuple qu'ils caressent ; Vous avez aiguisé ces armes qui vous blessent ; On s'en sert aussi bien que vous vous en serviez ,
222 CHARLOTTE GORDAY.
Contre vous qui blâmez ce que vous approuviez.
— Et vous voulez , bravant à ce point la fortune , Affronter dans Paris les clubs et la Commune ! Vous croyez terrasser, par d'éloquents discours , Les triumvirs aidés d'un si puissant secours ! Des décrets ! voilà donc ce qui fait votre audace? Le décret , sans la force , impuissante menace ! Menacer sans frapper, ou frapper à demi ,
C'est fournir un prétexte aux coups de l'ennemi.
— La France , dites-vous , saura bien vous défendre ? Mais les départements n'auront pas pu s'entendre , .<}ue tous vos ennemis , dans Paris rassemblés , Sous leur effort commun vous auront accablés. N'espérez plus alors que l'on vienne à votre aide ; Les amis des vaincus n'ont qu'un dévoûment tiède , Et de quelque façon qu'on les ait obtenus ,
Les succès ont partout des amis inconnus.
Vous verrez comme on fuit la requête importune Et la contagion d'une grande infortune !
— Croyez-moi , modérez un imprudent courroux , Oui ne peut que vous perdre et la France avec vous.
BARBAROUX
Je reconnais , Sieyès , votre raison profonde ; Mais j'écoute plutôt l'instinct de tout le monde. Le sentiment me dit qu'en ceci comme ailleurs Les moyens les plus francs sont aussi les meilleurs ; Que l'honnêteté simple est l'art le plus habile ; Qu'un parti qui louvoie est un parti débile ; Et qu'il n'est point de cas où la raison d'État Consiste à pactiser avec l'assassinat.