‹ Théâtre completChapitre 172 sur 252 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Semble étaler l'orgueil de ses haillons fangeux : Écoutez-le parler : « Il faut qu'on institue « Un magistrat du meurtre , un dictateur qui tue. » C'est Marat, c'est Maratl — Pour le peindre d'un trait, Il m'a dit de sang-froid , tout comme il le ferait , Que l'unique moyen de calmer nos tempêtes , C'est d'abattre deux cent soixante mille têtes 1 Voilà son taux. — Deux cent soixante seulement ; Jusques à trois cent mille il monte rarement.

CHARLOTTE

Dieu puissant ! c'est un fou I

BARBAROUX

C'est un fou ; mais , madame , C'est un fou qui s'adresse aux passions en flamme. Songez qu'on est encore en face d'ennemis Qu'on a pu foudroyer, mais qu'on n'a pas soumis ; Songez que les vainqueurs , surpris de leur victoire , Ont peur des trahisons et se hâtent d'y croire ; Et quand un fou s'attaque aux noms les mieux famés , Et les jette en pâture aux soupçons affamés , Jugez si sa folie, autrefois pitoyable, Par ces temps orageux n'est pas chose effroyable 1 — On l'a hué , flétri, bafoué , confondu ; A chaque flétrissure un crime a répondu.

Vainement les soufflets sont tombés sur sa joue ; Le crime allait croissant ; le sang lavait la boue. Ceux qui l'ont offensé sont tous morts ou proscrits , Et l'épouvante enfin l'a sauvé du mépris.

merveille incroyable , et deux fois inouïe ,

Qu'un tel monstre ait pu naître , et soit encore en vie I

BARBAROUX

Que voulez-vous ! les lois se taisent devant lui. Les forfaits et les lois sont en paix aujourd'hui. — Un jour, nous avons cru tenir notre victoire ; Le crime était constant ; lui-même en faisait gloire ; Et quand nous l'accusons , d'un commun mouvement Quand la Convention le met en jugement , Voilà qu'il est absous, et qu'on nous rend cet homme Couronné de lauriers , comme un consul de Rome 1

CHARLOTTE

Où siége-t-il?

BARBAROUX

En haut de la Convention.

CHARLOTTE

y va-t-il tous les jours?

BARBAROUX

Il n'y va plus, dit-on.

CHARLOTTE

Ou va-t-il donc?

BARBAROUX

Il reste enfermé dans son antre.

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