‹ Théâtre completChapitre 173 sur 252 · ACTE IIL · texte numérisé non relu

ACTE IIL

CHARLOTTE

Et comment entre-t-on chez lui?

BARBAROUX

Personne n'entre.

La peur des assassins le cache aux visiteurs.

CHARLOTTE

Personne absolument?

BARBAROUX

Hormis les délateurs.

CHARLOTTE

Àh ! ceux-là sont reçus?

BARBAROUX

Mais quoi I que vous importe?

Vous proposez-vous donc de frapper à sa porte?

CHARLOTTE

Moil quelle étrange idée!

BARBAROUX

Alors, laissons Marat.

Pourquoi toujours parler d'un pareil scélérat?

CHARLOTTE

Oui , vous avez raison ; détournons la pensée De ce qui la dégrade et la tient abaissée.

Montrez-moi des héros que je puisse honorer!

274 CHARLOTTE GORDAY.

Après avoir haï, j'ai besoin d'admirer.

Parlez-moi , Barbaroux , de cette lutte immense D*un monde qui finit, d'un monde qui commence; De ces événements , en trois ans accomplis , Dont seraient illustrés trois siècles bien remplis ; Répétez-moi comment tout un pays s'enflamme ; Comment un peuple entier semble n'avoir qu'une âme, Comment on s'affrandijt; dites par quels moyens De manants-méprises on fait des citoyens , Et de ces citoyens , troupe mal aguerrie , D'intrépides soldats , sauveurs de la patrie ; Dites , dites comment les droits humains perdus j Après plus de mille ans , nous ont été rendus ; Rappelez nos dangers, nos combats, nos victoires; Enorgueillissez-moi du récit de nos gloires !

— Non , tu n'es pas flétrie , ô sainte liberté , Par les crimes commis sous ton nom emprunté I S'il est une belle œuvre , elle est toute la tienne ; Mais les iniquités n'ont rien qui t'appartienne ; Elles sont à ceux-là dont les esprits pervers A tes pures clartés ne se sont pas ouverts ; Eux punis, nous pourrons faire admirer au monde La mère des vertus, la liberté féconde.

BÂRBABOUX.

jeune enthousiaste!

CHARLOTTE

Et qui donc pourrait voir Ce spectacle émouvant et ne pas s'émouvoir !

Page 1