‹ Théâtre completChapitre 83 sur 252 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

— Au moins si je tombais sur le champ de bataille, Contre un chef militaire, un guerrier à ma taille ! Non! — je suis châtié; tel qu'un enfant boudeur, Par l'ignoble cordon d'un moine ambassadeur !

— Ah ! si l'on m'en croyait, quelle belle ambassade J'enverrais , à mon tour, au pape en sa bourgade ! Bienheureux Henri-Deux ! par un prêtre outragé , Par quatre chevaliers tu t'en es vu vengé ;

Et moi , qui suis atteint d'une plus grave offense , Je n'ai pas un ami qui prenne ma défense I

GUILLAUME

Je m'offrirais pour vous , Sire , au fer suspendu , Et ferais mon devoir, car mon sang vous est dû ; Et parce qu'à cette heure un blâme vous menace, Quand je m'exposerais, Sire, à votre disgrâce , Je parlerai , croyant que c'est devoir pareil De vous donner ma vie , et donner mon conseil.

— De vos propres débats avec la cour de Rome L'État , qui n'en peut mais, est la victime en somme. Les coups que l'on vous porte , et ceux que vous portez Tombent sur vos sujets, frappés des deux côtés ;

Le pape les châtie , afin de vous atteindre , Et vous les châtiez , quant ils osent se plaindre ; Vous augmentez l'impôt ; vous tiercez les bourgeois , Et jusqu'aux chevaliers , exempts de pareils droits. Entre le pape et vous , pressée et pourchassée , * Allant de l'un à l'autre , et partout relancée , La nStion succombe , et ne peut même pas Vers le ciel, qu'on lui ferme, étendre au moins les bras, -*■ Prenez-y garde. Sire 1 II ne se peut qu'on tienne

En si long interdit la France très-chrétienne.

La France veut son culte , et , s'il n'est rétabli ,

Le trône répondra de l'autel aboli.

Songez que vos barons ne vous doivent l'hommage

Qu'autant que leur'salut n'en souffre aucun dommage ;

Et que, s'ils sont placés entre vous et leur foi ,

Ils sont à leur Dieu , Sire , avant d'être à leur roi.

— Sire , ayant entrepris une lutte impossible ,

Il est beau de céder plus que d'être inflexible.

Enfin , quand vous avez à choisir, Monseigneur,

Ou du bonheur public ou de votre bonheur,

S'il faut sacrifier un intérêt à l'autre ,

Ce n'est pas l'intérêt du peuple , — c'est le vôtre.

Qu*est-ce à dire?

GUILLAUME

Je dois mon avis, le voilà :

Quittez madame Agnès , Monseigneur, quittez-la.

PHILIPPE

Par tous les saints 1... Allez! c'est une ignominie 1 Allez-vous-en ! ^

GUILLAUME

Seigneur...

PHILIPPE

Allez ! je vous renie.

GUILLAUME

Je m'en vais , Monseigneur, puisque je suis chassé ;

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