ACTE PREMIER
Un salon sans trop de profondeur, d'un style Louis XIV allemand, c'est-à-dire un peu lourd, d'une richesse seigneuriale. An premier plan, à la droite du spectateur, une cheminée sans feu, ornée de candélabres. Au second plan, à droite, porte donnant dans les appartements de Relier. Au premier plan, 'a gauche, grande croisée donnant sur les jardins. Au second plan, à gauche, porte donnant dans la serre. Le fond du salon est ouvert, au milieu, par une grande porte: à droite et à gauche, par des ouvertures moins larges, fermées à'hauteur d'appui. Sur ces appuis, des vases garnis de fioius, au troisième acte seulement. Ces trois ouvertures sont fermées, de haut en bas, par des tentures relevées ou baissées, selon les besoins de la scène. Par la porte du fond et les panneaux vides, on aperçoit la bibliothèque avec ses fenêtres, ses meubles et ses rayoni>garnis de livres. Lustre dans le salon, et meubles dans le style de l'appartement; tapis. A l'extrême gauche, un grand fauteuil tourné le dos au public. Un peu au-dessus, près du fauteuil, un guéridon sur lequel est une potiche sans fleurs. Une chaise près du guériïlon. Près du panneau îi jour de gauche, une harpe. Un fauteuil de chaque côté de la porte du fond. A droite, h l'avant-scène, au tiers du théâtre, une grande table chargée de partitions, de livres ot d'atlas; ce qui est sur la table ne doit pas être rangé, afin que, pendant la première scène, Frantz s'occupe à faire le classement des livres. Un pupitre dans le haut, à droite. Près de la fenêtre^ à droite, un fauteuil; une chaise devant la table.
SCÈiNlî: PREMIERE KELLER, HER31AX, FRANTZ.
KclliT est assis à gauelie, près de la croisée. Il regarde dehors d'un air ennuyé, en fumant sa pipe. Il a une toilette assez négligée. Herrnan, en habit du matin assez élégant, mais rappelant l'étudiant allemand, est assis à la grande table, tourne le dos au public. Franlz ost devant lui. tenant des in-folio. ^
FRANTZ
Tout ce désordre vient de ce que Ton ne s'occupait plus guère ici que de musique dans les dernières années de sa vie. Les partitions, les gravures, les allas, tout cela se trouve mêlé, mais rien ne manque !
KELLKR.
Oui, oui, il se ruinait en musique, le cher homme!
l'R.VXrz, étonné.
Il se ruinait?...
N'avait-il pas une bande de musiciens à gages?
FRAXTZ.
Mais, monsieur, son orchestre se composait de ses fidèles servi leurs et d'iionnèles artisans de la paroisse.
KELLER
Oui, vous jouez tous de quelque chose, dans ce pays-ci. Mais cette famille d'Italiens qui est encore là, dans le château ?
FRANTZ
Ils vont partir, monsieur.
KELLER, à Ik'rman.
Est-ce que tu les as vus, toi? On ne les aperçoit pas pkis que s'ils étaient morts, et on ne les entend pas davantage.
HERMAN
Je ne les ai pas encore rencontrés non plus.
FRAXTZ.
Ces dames ne sortent pas de leur appartement, dans la crainte d'être indiscrètes.
HERMAN
Pourtant, je désirais leur faire unfe visite de politesse, et vous m'avez dit qu'elles étaient souffrantes. Il me paraît quelles ne veulent recevoir personne.
El) l)ien. laissons-les tranquilles; je ne me soucierais pas du tout de les voir continuer à s'installer...
FRANTZ
Oh ! elles n'y songent point, monsieur. (A Herman.) Je peux me retirer, monsieur Herman?...
KELLER
Oui.
FRANTZ
Pardon, monsieur Keller. Je voudrais savoir si vous me ■conservez mes fonctions dans le château ?
KELLER
Intendant? Eh! mon cher, donnez-moi le temps de vous connaître.
FRAXTZ.
Oh ! je suis connu, ou je ne le serai de ma vie ; il y a trente ans que je gouverne la maison, et jamais...
IIERMAX. av.-c bonté.
Et jamais vous n'avez encouru un reproche; nous savons cela.
FRANTZ
Xi un soupçon, monsieur.
HERMAN
Aussi mon père est-il fort disposé...
KELLER
Oui, oui, attendez huit jours, que diable! Il n'y en a que trois que je suis ici! Donnez-moi le temps de me retourner!
MAITRE FAYILLA 233
FRANTZ
J'attendrai huit jours, monsieur...
Il salue et sort. Ilerman se lève pour lui rendre son salut. Koller ne se dérange pas.