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SCÈNE VIII Les Mêmes, ANSELME, amené par FRANTZ

ANSELME

Ah! ma mère!... mon bon père! (il l'embrasse. A Marianne, en descendant en scène.) Ah! qu'il est changé! (A Juliette.) Ma

sœur, ma Juliette! que tu es grande... et belle !...

MARIANNE, lui montrant Kollcr qui s'avance.

M. Keller!

ANSELME, le saluant.

Monsieur, excusez-moi... nous nous retirons...

KELLER

Rien ne presse, rien ne presse, jeune homme.

Nous partageons vos émotions! votre père nous intéresse vivement, croyez-le bien.

ANSELME, à Keller.

Merci, monsieur, (a Herman.) Merci du fond du cœur! (Retournant à Favilla.) Eh bien, mon père, c'est moi, votre fils...

qui croit rêver aussi en se retrouvant près de volis! Vous ne m'attendiez pas sitôt; mais j'étais si pressé de vous revoir... Comment! mon arrivée vous fait du mal? vous pleurez?

FAVILLA

Pleurer, moi?... Hélas! non, j'ai eu trop de peines dans ces derniers temps, vois-tu ; je ne pleure plus maintenant ni de chagrin ni de plaisir!... Mais ce n'est pas tout ça : nous voici dans des circonstances graves, mon Anselme, et il faut avoir toute sa raison, toute sa volonté.pour se montrer digne

d'une position comme la nôtre. ' '* ' ''-"^. -

ANSELME, à sa mère.

Mon Dieu! est-ce qu'il va parler de...?

MARIANNE, bas. ''/'\

Ne le contredis p^s ! i

FAVILLA

Écoute, écoute, mon fils. Nous avons perdu notre ami, notre père, le meilleur des hommes; tu sais qu'il a voulu nous consoler en nous faisant riches, il s'est trompé! il a ajouté, à la douleur de sa perte, la charge de bien grands devoi'-s. Anselme, mon enfant, te voilà libre, te voilà seigneur! eh bien, crois-moi, ne sois pas plus enivré que moi de tout cela ; travaillons, cultivons l'art, comme par le passé, sans nous refroidir. Gouvernons en vrais pères de famille les vassaux dont le sort nous est confié; faisons comme celui qui nous donnait l'exemple de toutes les vertus ; soyons charitables comme lui, écoutons toutes les plaintes, et que ce qui nous a été donné pour profiter aux autres, profite aux autres plus qu'à nous-mêmes.

ANSELME, à Marianne.

Ah! son âme n'a pas changé!

SELLER, observant Fa\illa, à son fils, à part. Une folle tête et un bon cœur !

FAVILLA, montrant les Keller à Anselme.

Tiens, voilà ses neveux ! qu'ils soient nos amis ! Je te recommande ce jeune homme; il a une physionomie sympa-

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lliique, n'esL-ce pas? il coinprt'iid le beau et le bon! Donnelui des conseils, aime-le comme ton frère!

Henuau, altendri, Icad les mains à Anselme, qui les lui serre avec ellusion.

ANSELME

Mon père, tout ce que vous dites là, c'est le devoir d'un noble esprit et d'une bonne conscience ! (RegarJaut Relier avec inientiou, d'ua air digne.) Dans quelque position de la vie ([ue je më trouve, je vous jure de n'avoir jamais d'autre règle de conduite.

MARIANNE

C'est bien répondu, mon fds! et, à présent, venez : votre père veut nous conduire à la tombe de notre bienfaiteur... (a Faviiia.) N'est-ce pas, mon ami? c'est le premier devoir qu'il lui faut remplir.

FAVILLA

Oui, oui, tu as raison, bien raison, ma femme! Allons!.,. Venez, Keller, venez prier avec nous !

KELLER, sans se déranger.

Oui^ oui, je vous suis.

MARIANNE, à Keller, en sortant.

Je VOUS rends grâces pour votre indulgence, monsieur; nous en abuserons le moins possible.

FAVILLA, revenant.

Ah! j'y pense! il y a toujours de braves gens autour d(cette tombe vénérée, des pauvres qu'il assistait, lui!... et moi, je ne sais comment cela se fait... (xâtant ses poches.) Le manque d'habitude ! je n'ai jamais rien à leur donner! Frantz, il me faut de l'argent ; ça me gêne à présent d'avoir toujours les mains vides.

Franlz porte la main à sa poche, Keller l'arrête. KELLER.

Eh bien, que faites-vous? J'espère que...

r ffc

MAITRE FAVILLÂ «53

FRANTZ

C'est sur mes petites économies, monsieur.

Pendant ce temps, Herman a rais vivement sa bourse dans la main de Favilla.

FAVILLA

Ah ! vous me prêtez, mon cher enfant? Bien, merci ! Franlz vous rendra ça.

11 sort avec la bourse; Keller n'a pas vu cela, il cause avec Frantz. MARIANNE, à Herraan. »

Ah! monsieur...

HEIIMAN.

Ah! madame, vous ne pouvez pas m'empôcher de faire l'aumône par ses mains.

JULIETTE, bas, à Anselme en sortant.

Eh bien, il a une très-bonne âme, ce jeune homme-là.

Us sortent tous, moins Keller et son fils.

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