SCÈNE VI Les Mêmes, HERMAN, i3uis ËÂVÎLLA
• .. IIEUMAN.
Arrêtez, monsieur, je suis à vos ordres!
KELLER, le repoussant.
Toi? Allons donc ! de quoi te méles-tu? Ya-f'en au diable! laisse-nous.
HERMAN , résistant.
Non, mon |)ère, non ! Cette fois, je ne vous obéirai pas ! C'est à moi de repousser une agression... KELLER, même jeu.
Je la repousserai bien moi-inême, sois tranquille; car je vois que tout ça est une intrigue pour te faire épouser... HERMAN, vivement.
Oh! mon père...
KELLER, Hors de lui, renvoyant son flls, qui descend à la droite d'Anselme.
■ Oui ! j'ai été trop bon, trop simple, et je m'en lasse, à la fin ! C'est à nOus deux, monsieur ! et, puisque vous croyez tn'eff rayer...
-, ANSELME
C'est bien, monsieur, pas de bruit : nous nous reverrons tout à l'heure.
HERMAN
Anselme! il est impossible que ce ne soit pas une méprise,
que vous n'ayez pas tort contre lui ! Rentrez en vous-même, priez-le d'oublier votre emportement... ou je jure... quoi qu'il m'en coûte, que je vengerai l'affront...
ANSELME
Je n'ai point affaire à vous, monsieur!
HE RM AN, sévèrement.
Oh! vous savez bien qu'on peut toujours contraindre un kômme de cœur...
KELLER
Toi, je te défends...
FAVILLA, qui est entçé sans bruit, absorbé en lui-même, d'abord, à la vue des préparatifs de la Sainte-Cécile , et puis attentif peu à peu à ce qui se passe.
Je vous défends à tous de dire un mot de plus : Anselme, si vous avez offensé à tort un homme plus âgé que vous, un homme qui est notre hôte, c'est à moi, qui suis calme, de lui demander pardon pour vous. Voyons, êtes-vous coupable au point de ne pouvoir réparer vous-même...? Au moins, vous pouvez me dire le motif de votre colère; vous le devez 1
C'est moi qui vous le dirai, maestro, puisqu'en somme, c'est encore vous le plus raisonnable pour le moment. Moi-même, j'ai été un peu léger peut-être...
,. ANSELME, à Keller, en passant vivement derrière lui.
Quoi ! vous oseriez... '?
KELLER
Et pourquoi donc pas? C'est vous qui voulez faire de rien une grande affaire... Mais je ne mords pas à ça, moi ! (A.Faviila.) Voilà ce que c'est!... je causais avec votre femme. Je lui parlais... de choses et d'autres... Ne s'est-elle pas imaginé...?(Faviila, par un mouvement de délicatesse, éloigne Herman, qui déjà, de lui-même, se tenait au deuxième plan.) Elle m'a dit un mot • blessant, j'ai eu de l'humeur, je l'ai traitée de prude. Je crois que j'ai lâché ce mot-là, j'ai eu tort ; mais ce n'est pas à monsieur votre fils que j'en demanderai pardon, par exemple!... 11 a des façons peu civiles, j'ose dire!... Moi, je suis
vif, mais je ne suis pas méchant; qu'il dise qu'il en a du regret, et je n'y pense plus.
Il va trouver son fils dans le fond.
FAVILLA, sévèrement.
Est-ce la vérité, Anselme ? ''
"Anselme , regardant Keller avec intention.
Oui, certes, mon père! J'ai beaucoup de regret... de n'avoir pas témoigné à M. Keller (Keller descend en s'entendant
nommer) les sentiments que je lui porte; mais je compte, pour m'en acquitter, sur une meilleure occasion que le moment où nous sommes.
Keller, ne comprenant pas le sens, a l'air satisfait et remonte vers
son fils.
C'est-à-dire que vous persistez à exiger une réparation que je condamne et que je vous interdis! Un duel pour votre mère ! Malheureux enfant ! vous faites-vous, de son honneur et du mien, une idée si vulgaire, que vous le croyiez entaché... (baissant la voix pour qu'Ucrman n'entende pas) par une mauvaise pensée ou par une sotte parole?
KELLER, qui s'est rapproché de Favilla, un peu en arrière.
Hein ?
FAVILLA, à Anselme.
Laissez-moi le soin d'une explication où toute violence de notre part serait comme l'aveu indigne et mensonger de la faiblesse de notre cause, (uaut et pour que Herman l'entende.) Retirez-vous en me jurant sur votre honneur d'attendre mes ordres pour donner suite à cette querelle... Vous hésitez? Je le veux, mon fils !
ANSELME, s inclinant et sortant par le fond.
Je le jure, mon père...
KELLERj à Heiman.
Et toi aussi, au moins !
HERMAN, lui montrant Anselme.
Sa parole vous répond de la mienne.
KELLER, ba?.
Et ne t'éloigne pas! tout va s'arranger, je t'en rc^ponds!
' Henuan sort par la serre.