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LE CHEVALIER, BERNARD, EDMÉE, 3L AUBERT

BERNARD, en colère.

Ainsi M. le lieutenant général daigne veiller sur mon sort?

LE CHEVALIER

Aimeriez-vous mieux qu'il eût procédé avec vous selon la rigueur de ses fonctions?

BERNARD

El on me l'a caché !

EDMÉE

On a évité de vous parler d'une chose pénible.

BERNARD, avec amertume.

Pourquoi cela, ma cousine? Vous m'eussiez dit combien je

devais de reconpaissançe à mon protecteur! Sans doute, un

de ces matins, vous allez me -dicter une lettre d'humbles re-

merciments à son adresse ? à moins qu'il ne préfère venir

recevoir les vôtres ? (Se pencliant vers elle et Laissant la voix.) N'est-

ce pas votre désir, et faut-il chercher ailleurs la cause de votre mélancolie ?

EDMÉE

Ne sauriez-vous laisser en paix, au moins, les absents?

LE CHEVALIER, à Bernard.

Que dites-vous à ma lille. et pourquoi vous permettez-vous de lui parler bus devant nioi ?

BJÎIlNAflD.

En effet, c'est une impolitesse, et vous ne m'en passez aucune. Mais veuillez copsidérer que j'ai sujet d'être blessé et mortifié au dernier point de ce qui m'arrive ! On a juré de me traiter ici comme un honime sans conséquence, comme un enfant à qui on ne peiiuet pas do choisir ses amis... Or, je

MAtJPRAT r' f5

prétends avoir ce droit-là, moi, et je ne veux pas de l'amitié et des bons offices de M. de la Marche.

LE CHEVALIER

Pourquoi le haïssez-vous? Vous êtes absurde !

BERNARD

Je ne souffre pas que personne me protège; j'ai la prétention de ne rien devoir qu'à moi-même 1

LE GHEVALIUR.

Ayez moins d'orgueil, Bernard !

BERNARD

Et pourquoi donc cela, s'il vous plaît? parce que j'ai été un Mauprat de la Yarenne? Oui, oui, je dois porter éternellement la peine de mon infortune ! et, depuis vous, mon oncle, jusqu'au dernier de vos paysans, chacun ici se croit fondé à m'iufliger le souvenir du passé comme une injure!

LE CHEVALIER

C'est à moi que vous dites cela? à moi qui ai tout fait pour vous relever à vos propres yeux et dans l'estime de tous? Tenez, vous devenez ingrat!

Mon oncle, vous m'avez imposé vos bienfaits... Mais vous ne voulez pas voir que je suis un homme... un homme qui a grandi dans des luttes violentes et qui ne sait pas mentir!... Je n'ai pas choisi ma destinée, moi, et je ne veux pas rougir de moi-même I Injustes et cruels, les cœurs qui me feraient

un crime d'être né malheureux! (Avcc intoution, regardant EJmée.)

. Ingrats et lâches, ceux qui oublieraient certaines preuves de générosité!

LE CHEVALIER, se levant.

Que voulez-vous dire? Expliquez- vous, je le veux!

BERNARD

Rien, mon oncle; vous êtes plus mal disposé pour moi aujourd'hui que de coutume; je me retire pour ne pas vous irriter davantage.

Il sort. Lo chevalier retombe accablé. A la fin do cette scèno, M. Aubert est entré avec une corlaino émotion.

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