‹ Théâtre completChapitre 54 sur 146 · scène · texte numérisé non relu

scène

Moi, je dis, je jure que, aussi vrai que voilà le ciel, Jean de Maupral esl à la Roclie-Mauprat.

M., DK LA MA liCHi:.

^ Pour l'allirmer, il faudrait d'autres [)rouves que des halluci-

nations.

PATIENCi;.

Oli .' je ne siii-; [las halluciné, moi : quand jo nous dis... Tenez, vous le savez, ni MarWîJoe ni niui ii'a\uus quille ces

décombres depuis huit jours et huit nuits, conduisant les recherches, faisant creuser les murs et remuer les pierres. Nous n'avons rien trouvé? Soit! mais j'ai entendu, la nuit d'avant celle-ci... (a Tourny, qui liausso les épaules.) Oh! ce n'était pas-le vent, ce n'était pas la chouette ! c'était un cri. un blasphème bien connu ici. « Rage et malheur! disait la voix. Lâches vassaux, vous m'abandonnez ! »

TOURNY, ému.

Vous mentez ! on n'a pas dit ça.

PATIENCE

Tourny, ta mère, en mourant, ces jours-ci, était bien tourmentée ! Elle croyait avoir vu Jean le Tors auprès de son lit, lui faisant des menaces !

TOLR.NY.

Elle avait le transport ! elle rêvait, la pauvre âme !

MARCASSE

Si elle était là, si elle voyait qui on accuse, elle parlerait!

TOURNV.

Plùt à Dieu qu'elle y fût, monsieur Marcasse; mais vous ne confesserez pas une feamie qui est morte !

PATIENCE, le menaçanl.

Tu dis là un mot !.,. Tu sais tout, tu mériterais...

TOURNY

Oh! vous m'avez assez tourmenté, je n'en veux plus; monsieur le grand lieutenant, assistez-moi, on me violente !

M. DE LA MARCHE

Laissez-le tranquille, Patience. Cet homme est surveillé et sera arrêté au besoin, (a Tourny.) Éloignez-vous. (Tourny sort.

— Aux gardiens de Bernard.) Et VOUS aussi ! (a Marcasse.) Gardez le prisonnier, (a Patience.) Et vous, faites ce que je vous ai dit. Il est temps d'y songer.

PATIENCE

Déjà?

M. DE LA iM ARCHE.

Oui, certes. • ^

Patience sort. Marcasse s'api)rocho do Bernard et lui parle bas.

106 Tn?:ATEE COMPLET DE GEORGE SAND

LE CHEVALIER, à M. de la Marche.

Quel ordre lui donnez-vous? '

M. DE LA MARCHE

Dans un instant, vous allez le savoir. Je ne mets pas en doute la bonne foi de ces deux hommes; mais leur témoignage porte le caractère de l'exaltation ou de la crédulité.

LE CHEVALIER

Ainsi, vous voulez que je renonce à ma dernière espérance ?

M. DE LA MARCHE

Écoutez moi, monsieur le chevalier; ma conduite ici est fort sérieuse; vous avez été témoin de mes efforts pour saisitla vérité ; mais ne vous faites point d'illusions, la cause est perdue d'avance.

LE CHEVALIER, accablé.

Mon Dieu!

M. DE LA MARCHE

Votre douleur, autant que la considération de votre dignité, m'a touché. On m'accusait de haine et de vengeance, j'ai à cœur de mériter plus d'estime et de prouver mes vrais sentiments. Bernard est perdu; il faut le soustraire à la honte des débats publics, aux tortures d'une enquête, à une sentence de mort peut-être 1

LE CHEVALIER

Mais comment?

M. DE LA MARCHE

Comme j'ai craint que vos prières n'eussent pas suffi pour le décider, j'ai songé à vaincre sa résistance, (a Patience qui rentre.) Eh bien^ la réponse à ma lettre?

PATIENCE

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