‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 17 sur 71 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Lrc Madame, s'il m'était permis de vous donner un avis, je vous dirais de ne pas rester ici trop longtemps.

JEANNINK

Pourquoi ?

LUC

Nous subissons l'influence de ce lieu encaissé, de ces forêts qui tombent dans la vallée, de toutes ces lignes descendantes. Ici, notre âme roule au bas de sa pente... et elle finit par s'y trouver bien. F^lle n'essaye plus de remonter.

JKANMNK

C'est vrai. J'ai quelque peine à m'arracher d'ici.

LUC

C'est bien là qu'est le danger.

JEANNINE

En sortant de la clinique, je suis allée à Chamonix. Mais je n'y dormais pas. Dans quelques jours, je pars pour Nice. De là, j'irai en Afrique.

LUC

Vous aimez l'Afrique?

JEANNINE

J'y ai passé mon enfance et une partie de ma jeunesse.

LUC

Vous ne m'avez pas répondu.

JEANNINE

Certainement, je l'aime. Je crois aussi que je la redoute. Mais quand j'ai vécu plus d'une année en Europe, quelque chose me pousse à repasser la mer.

LUC

Mme Dubreuil disait tout à l'heure que votre mari habite l'Algérie ?

Oui, Oran. Mais nous sommes séparés.

LUC

Ah?

JEANNINE

Oh, ce n'est pas un drame, pas même un roman. Il n'y a pas de romans dans ma vie. Monsieur. On peut se quitter sans crise sentimentale, n'est-ce pas, sans trahisons, sans haines... sans raison, comme on se marie.

LUC, souriant.

C'est-à-dire qu'on ignore souvent les raisons qui nous attachent aux êtres et nous en détachent. Elles existent, pourtant.

JEANNINE, secouant la tête.

Je ne pourrais dire pourquoi j'ai épousé mon mari, ni pourquoi je l'ai quitté. D'ailleurs, nous sommes restés camarades. Je lui écris, je vais le voir quelquefois. (Le regardant tout à coup, avec une sorte d^étonnement.) Mais je me demande pourquoi je vous fais ces confidences ?

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