SCÈNE I 20i
Ltfc Oui. Je pressentais déjà que vous aviez entendu de la musique orientale, dans votre enfance.
JEAPTNINE
Comment cela ?
LUC
Vott-e émotion, l'autre soir^ en écoutant la sérénade de Borodine.
JEANNINE
Pendant un de ces Voyages, un négro rtlâi-ocain se présenta au campement. C'était un mendiant musicien qui jouait du rébab. Vous savez, ce petit violoti à deux cordes ? Il prétendit que dans sa tribuj à quelques heures vers l'ouest, on connaissait des symphonies entières du temps dies Khalifes. Mon père, très intrigué, résolut de faire ce détour, et vers le soir, dans un pays de montagnes rouges, près d'un endroit qui s'appelait le Tombeau de la Chrétienne, nous fûmes attaqués par des pillards. Au bout d'un quart d'heure de combat, il s'enfuirent, battus, avec le négroa. Mais ma mère était étendue dans le chariotj les tempes traversées par une balle. Nos hommes creusèrent une fossé dans le Tombeau de la Chrétienne et il fallut bien la laisser là... Mon père m'a souvent raconté ce malheur. Il a pesé sur toute ma jeunesse. Pendant des années, il m'a valu des rêves affreux.
Le drame ressuscitait ?
JEANNINE
Pas précisément. Je crois même n'avoir jamais revu la scène de l'attaque.
LUC
Alors ?
Ce qui revenait toujours, c'était la mort de ma mère.
LUC
Sa mort, telle qu'elle eut lieu en réalité ?
JEANNINE
Non. Et c'est ce qui m'étonne. Elle m'apparaissait 'dans un cercueil, avec le masque tranquille d'une mort naturelle.
LUC
Ces rêves reviennent-ils encore ?
JEANNINE
Quelquefois. Et ils laissent après eux je ne sais quel sentiment de faute... Un remords incompréhensible.
LUC
Chère Madame, si je vous avais connue plus tôt, je vous aurais sans doute délivrée d'un fardeau bien inutile.
JEANNINE
Que voulez-vous dire?