SCENE VII
JEANMNE
Il est inutile.
LUC
Qu'est-ce que tu dis ?
JEANNINE
On n'apprend rien que par l'amour. On ne peut savoir qu'en se donnant.
Qui t'a soufflé cette leçon ?
JEANNINE
Personne.
LUC
Ainsi, tu te défies de moi ? Tu résistes sourdement à ma pensée ? Voilà pourquoi je n'ai pas déchiffré ton énigme.
JEANNINE
Je me dis parfois que si tu étais venu à moi d'un cœur plus simple, ah! tu aurais tout deviné, tout compris sans paroles. Et si tu m'avais prise avec l'ardeur aveugle des vrais amants, mon mal se serait dissous à cette flamme. Hélas, ta passion la plus profonde est étrangère à l'amour ! Tu ne peux te donner sans réserve.
LUC
C'est vrai, mais cette passion de connaître que tu crois stérile et glacée, elle a sa source dans l'amour, comme toute passion. J'aime. J'aime l'innocence qui est au fond des crimes. Et je me suis donné. A
une chimère, peut-être, mais je me suis donné. Regarde ma vie. Je me semble un termite enfoncé dans ses galeries souterraines. Jamais de repos, jamais d'air libre. Je ne peux plus approcher un être sans être obsédé par le signe indéchiffrable qui est gravé en lui. Je ne connais pas le bonheur. Où est la femme que j'ai pu chérir en paix ? Un homme éteint ? Non pas. Un homme altéré de plénitude et que son démon oblige à passer de l'une à l'autre, dans une ardeur pleine de tristesse. Un faux don Juan, qui se refuse à l'amour, pour l'amour d'autre chose... Des baisers pénibles comme des expériences ?... J'en connais, moi, de plus répugnants. Si je te disais que j'ai vécu six mois avec une ivrognesse? Et l'amitié aussi m'est empoisonnée. J'ai fait mon compagnon d'un criminel. J'ai risqué l'infamie et la prison.
JEANNINE, avec pitié.
Pourquoi me l'avoir caché ?
LUC
Ce sont des confidences inutiles. Je n'ai besoin de l'absolution de personne.
JEANNINE, même jeu, La prison?
LUC
J'écrivais les premiers chapitres de l'Ombre du père. Je ne savais pas encore tout le parti qu'on peut tirer des rêves d'adultes. Et au risque de salir, d'inquiéter, d'éclairer prématurément les en-