‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 6 sur 71 · HEPTÏE ME TAB LE AU · texte numérisé non relu

HEPTÏE ME TAB LE AU

précieuse qui soit... C'est un trafiquant en vies humaines.

Un marchand d'esclaves?

LAURENCY

Un assassin. Il m'offrait de tuer l'Agha... Inch' Allah.

CLOTILDE, stupéfaite.

Et tu ne l'as pas fait arrêter ?... Tu le laisses partir ?

LAURENCY

Oh, ces marchés-là sont si fréquents, ici... Les autorités ne s'en mêlent guère.

CLOTILDE

Mais comment a-t-il osé te faire une offre pareille?

LAURENCY

Il espérait que je serais preneur.

CLOTILDE

Et toi, pourquoi l'as-tu laissé parler ? Il y a déjà un moment que je l'ai vu entrer ! Pourquoi ne l'astu pas chassé ?

LAURENCY, lentement.

Je voulais... considérer l'affaire... C'est, je crois, un honnête commerçant... Bien au courant de sa spécialité... Son offre n'était pas à dédaigner... L'Agha a dû en recevoir d'analogues, à mon su-

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jet... Mon... négociant a sûrement des concur-" rents... Il y aurait donc eu pour moi de grands avantages à devancer la concurrence.

CLOTiLDE, effrayée.

Père!... Je te comprends mal, n'est-ce pas? Tu n'as pas eu cette pensée ?

LAURENCY

Je ne veux pas te mentir, mon enfant... Pendant que cet homme parlait, je pensais ce que pensent la plupart des gens qui ont quinze ans d'Afrique : « Un Bicot de plus ou de moins ! Qu'est-ce que ça peut faire ? »

CLOTILDE, bouleversée.

Une vie humaine !... Une vie humaine!

LAURENCY

Oui... Depuis quêta petite figure anxieuse m'interroge et s'épouvante, je me dis, moi aussi : « Une vie humaine!... Elle a raison. On ne peut pas... » Ah, cette vieille canaille d'Agha ne saura jamais ce qu'il te doit ! (Lui serrant convulsivement la main.) Et moi aussi, je te dois quelque chose ! (Devant Vémotion silencieuse de Clolilde.) Eh bien, quoi?... C'est fini... C'est fini... Va me chercher un verre d'eau, veux-tu ? (Elle sort vivement par la terrasse.)

ALI, entrant par la porte intérieure.

Sidi.

SEPTIEME TA m EAU 73

LAURENCY

Qu'est-ce que c'est ?

ALI

Sidi Vérificateur est en bas.

Fais-le monter. (Ali descend. Laurency va respirer sur la lerrasse, avec une visible satisfaclion de lui-même. Il allume une cigarelle. Le Vérificateur entre par la porte intérieure. Laurency vient à lui et lui serre la main.) Bonsoir, mon ami. Quelle fraîcheur, ce soir! C'est délicieux.

LE VÉRIFICATEUR

Je n'ai pas remarqué.

LAURENCY

C'est pourtant re...mar...quable !

LE VÉRIFICATEUR

Vous supportez mieux cet été que les précédents, il me semble.

LAURENCY, arpentant la pièce.

Oui. Depuis quelques semaines, je sens que je reprends le dessus.

LE VÉRIFICATEUR, l'obscrvaut.

Et le moral ?

LAURENCY

Oh, excellent! Il y a longtemps qu'il n'a été aussi bon. (// s'arrête.) Mon cher, quand je pense

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