‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 60 sur 71 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

JEANMNE, bas.

Ce pays me fait peur. Hier, pendant que nous traversions cette plaine de pierres noires, vers la fin de la journée... Tu sais ? Ces pierres striées, plissées, comme des cervelles d'animaux ?

LUC

Eh bien ?

JEANNINE

Elles se sont mises à briller soudain et il m'a semblé qu'elles sécrétaient des milliers de pensées méchantes... Et quand nous nous sommes promenés, au crépuscule...

Oui.

JEANNINE

Cette femme au bras nu qui s'abritait les yeux en interrogeant l'espace, dans un calme de granit...

LUC

Je l'ai remarquée.

JEANNINE

Elle avait l'air d'attendre une réponse qui allait accourir du fond du steppe noir. Je me sentais comme elle.

LUC

Je crains plutôt que ce monde mort n'ait rien, absolument rien à te dire.

JEANNINE

Il m'a déjà parlé*

LUC Comment cchi ?

JEANNINE, à la fenêtre.

Depuis ce matin, il y a comme un voile qui se lève lentement. Je reconnais les montagnes. Mais pourquoi chaque profil de falaise, chaque couloir de roches et cette couleur saumon, qui est partout ici, enfoncent-ils en moi un sentiment de faute, d'irrémissible péché?

LUC, l'écarlanl de la fenêlre.

Cette analyse continuelle te ronge comme la rouille. Elle n'est peut-être pas tout ton mal. Elle est certainement vine partie de ton mal.

jEANNiNE, avec douceur, Luc, c'est un mal que tu m'as donné.

LUC

Je le sais. Et je voudrais t'en guérir. Je voudrais t'obliger à ne plus penser...

JEANNINE

Trop tard.

LUC

... à ne plus creuser vainement ce sillon qui ne finit pas.

JEANNINE

La fin n'est peut-être pas si loin que tu crois.

LUC

Que veux-tu dirç ?

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