SCENE IX
JEANMNE, bas.
Ce pays me fait peur. Hier, pendant que nous traversions cette plaine de pierres noires, vers la fin de la journée... Tu sais ? Ces pierres striées, plissées, comme des cervelles d'animaux ?
LUC
Eh bien ?
JEANNINE
Elles se sont mises à briller soudain et il m'a semblé qu'elles sécrétaient des milliers de pensées méchantes... Et quand nous nous sommes promenés, au crépuscule...
Oui.
JEANNINE
Cette femme au bras nu qui s'abritait les yeux en interrogeant l'espace, dans un calme de granit...
LUC
Je l'ai remarquée.
JEANNINE
Elle avait l'air d'attendre une réponse qui allait accourir du fond du steppe noir. Je me sentais comme elle.
LUC
Je crains plutôt que ce monde mort n'ait rien, absolument rien à te dire.
JEANNINE
Il m'a déjà parlé*
LUC Comment cchi ?
JEANNINE, à la fenêtre.
Depuis ce matin, il y a comme un voile qui se lève lentement. Je reconnais les montagnes. Mais pourquoi chaque profil de falaise, chaque couloir de roches et cette couleur saumon, qui est partout ici, enfoncent-ils en moi un sentiment de faute, d'irrémissible péché?
LUC, l'écarlanl de la fenêlre.
Cette analyse continuelle te ronge comme la rouille. Elle n'est peut-être pas tout ton mal. Elle est certainement vine partie de ton mal.
jEANNiNE, avec douceur, Luc, c'est un mal que tu m'as donné.
LUC
Je le sais. Et je voudrais t'en guérir. Je voudrais t'obliger à ne plus penser...
JEANNINE
Trop tard.
LUC
... à ne plus creuser vainement ce sillon qui ne finit pas.
JEANNINE
La fin n'est peut-être pas si loin que tu crois.
LUC
Que veux-tu dirç ?