ACTE I
les canailles... A présent, je cherche un engagement à Rome. Si je ne réussis pas, je n'ai plus qu'à me jeter à Peau.
THÉRÈSE
Mademoiselle Vicelli !
Que voulez-vous que fasse une chanteuse sans engagement ?
THÉRÈSE
Donnez des leçons de chant.
LA VICELLI
J'en donne, à quarante francs l'heure. Mais personne n'en prend.
THÉRÈSE
Et des leçons d'italien ?
LA VICELLI
Je suis la Vicelli, de la Scala de Milan ! Je ne peux pas donner de leçons d'italien. Je ne peux pas.
THÉRÈSE
Ces costumes, que vous cherchiez à vendre?
LA VICELLI
On m'en offre cinq cents francs : je les ai payés cinq mille. Je ne peux pas les donner.
THÉRÈSE
Le temps les a peut-être un peu dépréciés.
LA VICELLI
Ils sont neufs, Madame. Ce sont les costumes d'Aïda, de Faust jet des Huguenots, que je n'ai jamais chantés. Voilàquinzeans qu'ils sont dans ma malle : ils sont neufs ! Je ne peux pas les donner à moins de trois mille francs.
THÉRÈSE
Mais, il faut vivre, chère Mademoiselle.
LA VICELLI
Non, non. Je me jetterai dans la Seine... (S^approchanl de Thérèse et à voix basse.) Il y a un service que je vous demanderai de me rendre... C'estdene pas me laisser enterrer au Père-Lachaise. {Mysiérieusement.) Je ne veux pas être enterrée au Père-Lachaise... Il y a là une femme pour qui je n'ai pas été bonne, autrefois. C'était une camarade. J'étais jalouse de son talent. Je lui ai fait du tort. Je ne veux pas être près d'elle.
THÉRÈSE
Comme vous me chagrinez ! Restez donc à dîner. Nous trouverons peut-être un moyen...
LA VICELLI, rinterrompani.
Merci, je ne peux pas.
THÉRÈSE
Pourquoi ?
LA VICELLI
Je ne mange paschez mes amis. C'est un principe.