ACTE I
THÉRÈSE
Fanères... Il dînera ce soir avec nous. Il veut te parler de ta symphonie.
SARTERRE, soupîranl.
Aïe... Il va être profond et bienveillant.
THÉRÈSE
Et comment voudrais-tu qu'il fût ?
SARTERRE
Léger, brutal et sarcastique... Ou bien, se taire.
Tu ne seras pas dur avec lui?
SARTERRE Si,
THÉRÈSE
Pourquoi ?
SARTERRE, gciîmenl.
C'est une vieille dame. Il veut le bien comme un pasteur..'.
THÉRÈSE
Il te plaisait, autrefois. Vous passiez des journées ensemble.
SARTERRE
Je me documentais. J'étudiais les ravages de sa maladie.
THÉRÈSE
Sa maladie ?
SARTERRE
La conscience! Le choléra de l'homme moderne I
THÉRÈSE, riant, Michel !
SARTERRE, 86 prenant ta tête entre tes mains.
Je suis abruti. Je devrais être heureux... Je suis abruti. J'ai vu trop de gens... entendu trop de sottises... Et puis, cet accident aux cuivres! Ça ne devrait pas arriver, avec un orchestre pareil.
THÉRÈSE
Veux-tu parier que le public ne s'en est pas aperçu ?
SARTERRE
Oh, c'est possible. De quoi s'aperçoit-il, le public ? Il y a dix ans, il me sifflait, parce qu'on me traitait de fou dans la presse. Aujourd'hui, il m'acclame, parce qu'on lui dit que j'ai révolutionné la musique. Dans vingt ans, quand on me trouvera vieux jeu, il me trouvera vieux jeu... Il ne sait pas.
THÉRÈSE, t'observant.
Pourquoi n'es-tu pas heureux^ le soir de ton plus grand triomphe ? (Sarterre a un geste d'ignorance. Elle continue avec une émotion cactiée.) N'es-tu pas, sans le savoir, mécontent de quelque chose ? Pas de l'exécution. (// la regarde interrogativement. Elle n'ose plus parler. La porte de droite s'ouvre, Thérèse ajoute :) Plus tard, je te dirai.