‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 118 sur 186 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

VERA

Le mien n'était pas de ceux-là. Cet été, j'habitais encore une mansarde... Et pas une mansarde de comédie, vous savez, une vraie mansarde où l'on étouffe, même la nuit. Je descendais dans un peignoir déchiré, taché. Je me traînais sur le trottoir, en cheveux, ma clé à la main, comme les prostituées. A la fin, je ne pouvais plus acheter de morphine. J'allais boire d'affreuses liqueurs d'ouvriers, dans un café couleur de vin. Moi qui m'étais imaginée qu'à cause de ma beauté, tous les fruits de la vie me seraient présentés sur un plateau d'or !

SARTERRE

Qu'appelez-vous les fruits de la vie ? Le pain quotidien ? les robes sans tache ? ou la morphine et l'alcool ?

VERA

Quelle drôle de question î

SARTERRE

Certains jours, au milieu de ce bien-être, vous ne regrettez pas la mansarde et le café couleur de vin ?

VERA

J'y ai fait de beaux rêves... mais des rêves maladifs. J'étais malade. Je le comprends, à présent.

SARTERRE, la fixanl.

Vous deviez être belle, les cheveux défaits, ivre et déchirée.

VERA

J'étais méchante.

SARTERRE

En quoi cela consiste-t-il : être méchant ?

VERA

Se venger de sa souffrance en voulant celle des autres. Si, à cette époque, un être plus faible que moi était tombé dans mes griffes, je l'aurais cruellement torturé.

SARTERRE

Et maintenant ?

VERA

Cette seule pensée me fait horreur. Pas à vous ?

SARTERRE

Je ne sais pas... Je n'y ai pas réfléchi.

Je me dis parfois que vous devez me trouver bien sotte !

SARTERRE

Pourquoi ?

VERA

Plus je parle avec vous, moins je vous comprends.

SARTERRE, luî touchaul Ics ckevcux.

Il suffît de comprendre ma musique... et d'être belle. (// se lève et consulte sa montre,) Six heures et quart... J'ai le temps de faire un tour, avant le dîner.

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