ACTE I
VERA
Le mien n'était pas de ceux-là. Cet été, j'habitais encore une mansarde... Et pas une mansarde de comédie, vous savez, une vraie mansarde où l'on étouffe, même la nuit. Je descendais dans un peignoir déchiré, taché. Je me traînais sur le trottoir, en cheveux, ma clé à la main, comme les prostituées. A la fin, je ne pouvais plus acheter de morphine. J'allais boire d'affreuses liqueurs d'ouvriers, dans un café couleur de vin. Moi qui m'étais imaginée qu'à cause de ma beauté, tous les fruits de la vie me seraient présentés sur un plateau d'or !
SARTERRE
Qu'appelez-vous les fruits de la vie ? Le pain quotidien ? les robes sans tache ? ou la morphine et l'alcool ?
VERA
Quelle drôle de question î
SARTERRE
Certains jours, au milieu de ce bien-être, vous ne regrettez pas la mansarde et le café couleur de vin ?
VERA
J'y ai fait de beaux rêves... mais des rêves maladifs. J'étais malade. Je le comprends, à présent.
SARTERRE, la fixanl.
Vous deviez être belle, les cheveux défaits, ivre et déchirée.
VERA
J'étais méchante.
SARTERRE
En quoi cela consiste-t-il : être méchant ?
VERA
Se venger de sa souffrance en voulant celle des autres. Si, à cette époque, un être plus faible que moi était tombé dans mes griffes, je l'aurais cruellement torturé.
SARTERRE
Et maintenant ?
VERA
Cette seule pensée me fait horreur. Pas à vous ?
SARTERRE
Je ne sais pas... Je n'y ai pas réfléchi.
Je me dis parfois que vous devez me trouver bien sotte !
SARTERRE
Pourquoi ?
VERA
Plus je parle avec vous, moins je vous comprends.
SARTERRE, luî touchaul Ics ckevcux.
Il suffît de comprendre ma musique... et d'être belle. (// se lève et consulte sa montre,) Six heures et quart... J'ai le temps de faire un tour, avant le dîner.