‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 120 sur 186 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

THÉRÈSE

Pauvre Vicelli î C'est l'insuccès qui l'a détraquée I

SARTERRE

Oui, mais les causes de cet insuccès ?

THÉRÈSE

Trop d'orgueil ; l'honnêteté : la délicatesse de sentiments.

E]n d'autres mots : la médiocrité de sa nature.

THÉRÈSE, vivemenl.

Une femme n'est pas médiocre parce qu'elle est pure et maladivement délicate !

SARTERRE

Une femme comme toi, non. Une artiste, je ne sais... Pureté, délicatesse... Ce sont de petites vertus. Il faut qu'une artiste en ait de grandes... ou peut-être des vices.

THÉRÈSE

Pourquoi faudrait-il qu'une artiste eût des vices?

SARTERRE, après un silence.

Pense à la façon dont Vera chantait hier soir. Et pense à la vie qu'elle a menée, ces dernières années.

THÉRÈSE

Son talent a résisté aux excès, à la misère, c'est vrai.

SARTERRE

Non seulement résisté. Il a grandi.

THÉRÈSE

Il ne s'est pourtant pas nourri de ces passions mauvaises? Tu ne le prétends pas?

Je ne prétends rien. Je ne sais encore ni de quoi ça vit, ni de quoi ça meurt, le talent. {Un silence,)

THÉRÈSE

Tu vas recommencer à travailler ?

SARTERRE

Dès demain.

THÉRÈSE

A quoi ?

SARTERRE, souviani.

C'est mon secret.

THÉRÈSE

Dis-le-moi.

SARTERRE, même jeu.

Non, non.

THÉRÈSE

Je le saurai tout de même bientôt. Je t'entends jouer, de ma chambre.

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