‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 126 sur 186 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

SARTERRE, FANÈRES, puis VERA.

FANER ES, allant à lui, avec douceur.

Vous me rendez responsable des sentiments que votre femme vient d'exprimer, n'est-ce pas ?

SARTERRE, qui s'cst maîtrisé.

Oui. Oh, vous me l'avez changée.

FANÈRES

Je ne sais pas.

SARFERRE

J'en suis sûr. Il y a, pour un artiste, un obstacle infime et insurmontable: la sensation de la résistance. L^opposition des ennemis stimule; celle des proches paralyse. En ce moment, tenez, je serais incapable de trouver une idée. Il faut qu'elle redevienne le témoin aveugle qu'elle était. Il faut qu'à tous mes rêves j'entende répondre : « oui. » Fanères, j'ai à vous demander de ne plus la revoir, pendant quelques mois.

FANÈRES, avec un geste d'acceptation attristée.

Croyez-vous pouvoir arrêter l'ascension d'une âme qui veut grandir, qui a besoin de respirer un autre air ?

SARTERRE

Il ne s'agit pas de cela. II s'agit de mon œuvre, qui est menacée.

FANÈlîES

Avez-vous le droit d'écraser au profit de votre œuvre les aspirations personnelles d'un être humain ?

SARTEHRE

J'écraserais bien plus que des chimères, pour la défendre.

FANÈRES

Au moins, que Thérèse l'ignore.

SARTERRE

Elle le sait... Thérèse est un cœur fort et non une sotte bourgeoise... Elle a, d'avance, accepté l'espèce de malédiction qui pèse sur son amour. Elle m'aime comme je suis.

FANÈRES, Iremblanî d'émoi ion.

Ne dites pas cela !

SARTERRE

Comment?

FANÈRES, même Jeu,

Ne dîtes pas qu'elle vous aime comme vous êtes, car elle ne sait pas ce que vous êtes.

SARTERRE

Expliquez-vous.

FANÈRES

Si VOUS me voyez inquiet, tourmenté dans mon affection pour votre femme, c'est que je me demande ce qu'il adviendra d'elle, le jour où elle apprendra ce que je sais de vous.

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