‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 130 sur 186 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

VER A

Je voulais regagner le centre à pied. Je me suis trouvée dans un quartier de collines.

SARTERRE, même je II.

De collines ?

VERA

Des espèces de buttes, couvertes de décombres, de plâtras, comme après un tremblement de terre. Tout en haut, il y avait des masures en ruines et des prostituées devant chaque porte.. Des vieilles, assises en peignoir sur leurs marches et fumant au soleil couchant. Le vent du soir agitait leurs tignasses. Il faisait jaune. C'était si étrange que je me suis demandé si je ne rêvais pas.

SARTERRE

Le quartier existe. Je le connais.

VERA

Je n'ai jamais rien vu d'aussi effrayant. (Elle s'assied sur le divan.) Tu attends quelqu'un ?

SARTERRE

Oui.

Quel âge ?

SARTERRE

Dix-huit. La mère m^a montré une photo.

Il y a une mère?

VERA

SARTERRE

Oui.

VERA

Une vraie mère ?

SARTERRE

Je crois.

VERA

Méfie-toi.

(Elle se renverse en arrière, s'élire, énervée. Sarlerre quille le piano, va à elle el lui prend les poignels.)

SARTERRE

Enlève ton peignoir, si tu as trop chaud.

VERA

Non. Laisse-moi.

SARTERRE

Qu'est-ce que tu as, aujourd'hui?

Je suis triste. Je partirai, dès que cette fille sera là.

SARTERRE

Jalouse ?

VERA

J'en ai assez, de cette promiscuité.

SARTERRE

Pourquoi? C'est immoral? Contraire aux convenances ?

Page 1