‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 133 sur 186 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

VERA

Ne sois pas fier d'être au-dessus des passions, perdu seul dans ton rêve de débauche. Qui sait si l'amour que je pouvais te donner n'eût pas été plus profitable à ton œuvre elle-même que toute cette glace où nous sommes pris?

SARTERRE, ricaiianl.

L'amour que tu pouvais me donner?

VERA

Oui ! J'avais besoin d'un cœur.

SARTERRE

Pour le torturer ?

VERA

Pour le chérir.

SARTERRE

Je n'ai pas de cœur.

VERA

C'est pour cela que je te hais.

Tu ne me hais pas. Tu voudrais me haïr, pour te prouver ta force. Tu n'as plus aucune force.

VERA, fermanl les yeux.

Je m'en irai, Michel.

SARTERRE Où?

VERA

Au loin. Je sens parfois, avec une certitude absolue, qu'il y a, dans un endroit déterminé, une chose mystérieuse qu'il faut que je voie. Il faut que j'aille vers elle... Si je l'atteignais, ce serait fini de souffrir... Et je ne peux pas. Je ne sais pas où elle est... Je ne l'atteindrai jamais.

SARTERRE

C^est mon avis.

VERA

Mais je saurai bien en finir, si cela continue... Je ne peux même plus me griser... Punch^ liqueurs, Champagne, rien n^ fait : je pense toujours... Ah, oui, j^en finirai... Jusqu^ici, j^avais peur de la mort.

SARTERRE

Et maintenant ?

VERA

Je me dis : « Pourquoi les hommes redoutent-ils le néant qui suit leur existence, puisqu'ils ne redoutent pas celui qui la précède? »

Pourtant... la mort?

VERA

Elle ne me paraît plus effrayante. Je la vois comme un grand dimanche où toutes les boutiques sont fermées.

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